07 septembre 2020

La mort… la Vie (Marc 4,35-5,43)

4 35 Ce jour-là, le soir venu, Jésus leur dit : « Passons sur l’autre rive. »  36 Quittant la foule, ils emmènent Jésus dans la barque où il se trouvait, et il y avait d’autres barques avec lui.  37 Survient un grand tourbillon de vent. Les vagues se jetaient sur la barque, au point que déjà la barque se remplissait.  38 Et lui, à l’arrière, sur le coussin, dormait. Ils le réveillent et lui disent : « Maître, cela ne te fait rien que nous périssions ? » 

39 Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence ! Tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme. 

40 Jésus leur dit : « Pourquoi avez-vous si peur ? Vous n’avez pas encore de foi ? » 

41 Ils furent saisis d’une grande crainte, et ils se disaient entre eux : « Qui donc est-il, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

5 1 Ils arrivèrent de l’autre côté de la mer, au pays des Géraséniens. 

2 Comme il descendait de la barque, un homme possédé d’un esprit impur vint aussitôt à sa rencontre, sortant des tombeaux.  3 Il habitait dans les tombeaux et personne ne pouvait plus le lier, même avec une chaîne.  4 Car il avait été souvent lié avec des entraves et des chaînes, mais il avait rompu les chaînes et brisé les entraves, et personne n’avait la force de le maîtriser. 5 Nuit et jour, il était sans cesse dans les tombeaux et les montagnes, poussant des cris et se déchirant avec des pierres. 

6 Voyant Jésus de loin, il courut et se prosterna devant lui.  7 D’une voix forte il crie : « Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ? Je t’adjure par Dieu, ne me tourmente pas. » 

8 Car Jésus lui disait : « Sors de cet homme, esprit impur ! » 

9 Il l’interrogeait : « Quel est ton nom ? » Il lui répond : « Mon nom est Légion, car nous sommes nombreux. » 10 Et il le suppliait avec insistance de ne pas les envoyer hors du pays. 

11 Or il y avait là, du côté de la montagne, un grand troupeau de porcs en train de paître.  12 Les esprits impurs supplièrent Jésus en disant : « Envoie-nous dans les porcs pour que nous entrions en eux. » 

13 Il le leur permit. Et ils sortirent, entrèrent dans les porcs et le troupeau se précipita du haut de l’escarpement dans la mer ; il y en avait environ deux mille et ils se noyaient dans la mer.  14 Ceux qui les gardaient prirent la fuite et rapportèrent la chose dans la ville et dans les hameaux. Et les gens vinrent voir ce qui était arrivé.  15 Ils viennent auprès de Jésus et voient le démoniaque, assis, vêtu et dans son bon sens, lui qui avait eu le démon Légion. Ils furent saisis de crainte.  16 Ceux qui avaient vu leur racontèrent ce qui était arrivé au démoniaque et à propos des porcs.  17 Et ils se mirent à supplier Jésus de s’éloigner de leur territoire. 

18 Comme il montait dans la barque, celui qui avait été démoniaque le suppliait, demandant à être avec lui.  19 Jésus ne le lui permit pas, mais il lui dit : « Va dans ta maison auprès des tiens et rapporte-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde. » 

20 L’homme s’en alla et se mit à proclamer dans la Décapole tout ce que Jésus avait fait pour lui. Et tous étaient dans l’étonnement.

21 Quand Jésus eut regagné en barque l’autre rive, une grande foule s’assembla près de lui. Il était au bord de la mer.  22 Arrive l’un des chefs de la synagogue, nommé Jaïros : voyant Jésus, il tombe à ses pieds  23 et le supplie avec insistance en disant : « Ma petite fille est près de mourir ; viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » 

24 Jésus s’en alla avec lui ; une foule nombreuse le suivait et l’écrasait. 

25 Une femme, qui souffrait d’hémorragies depuis douze ans  26 – elle avait beaucoup souffert du fait de nombreux médecins et avait dépensé tout ce qu’elle possédait sans aucune amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré –,  27 cette femme, donc, avait appris ce qu’on disait de Jésus. Elle vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement.  28 Elle se disait : « Si j’arrive à toucher au moins ses vêtements, je serai sauvée. »  29 A l’instant, sa perte de sang s’arrêta et elle ressentit en son corps qu’elle était guérie de son mal. 

30 Aussitôt Jésus s’aperçut qu’une force était sortie de lui. Il se retourna au milieu de la foule et il disait : « Qui a touché mes vêtements ? »  31 Ses disciples lui disaient : « Tu vois la foule qui te presse et tu demandes : “Qui m’a touché ?” »  32 Mais il regardait autour de lui pour voir celle qui avait fait cela. 

33 Alors la femme, craintive et tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité.  34 Mais il lui dit : « Ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix et sois guérie de ton mal. » 

35 Il parlait encore quand arrivent, de chez le chef de la synagogue, des gens qui disent : « Ta fille est morte ; pourquoi ennuyer encore le Maître ? »  36 Mais, sans tenir compte de ces paroles, Jésus dit au chef de la synagogue : « Sois sans crainte, crois seulement. » 

37 Et il ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques et Jean, le frère de Jacques. 

38 Ils arrivent à la maison du chef de la synagogue. Jésus voit de l’agitation, des gens qui pleurent et poussent de grands cris.  39 Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte, elle dort. » 

40 Et ils se moquaient de lui. Mais il met tout le monde dehors et prend avec lui le père et la mère de l’enfant et ceux qui l’avaient accompagné. Il entre là où se trouvait l’enfant,  41 il prend la main de l’enfant et lui dit : « Talitha qoum », ce qui veut dire : « Jeune fille, je te le dis, réveille-toi ! »  42 Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher, – car elle avait douze ans. Sur le coup, ils furent tout bouleversés. 

43 Et Jésus leur fit de vives recommandations pour que personne ne le sache, et il leur dit de donner à manger à la jeune fille.

texte ancien  

  le "livre des divisions des temps selon leurs jubilés et leurs semaines d'années" autrement appelé "livre des Jubilés" se présente comme un texte inspiré à Moïse par un ange. Il reprend en fait, en les complétant, les récits de la Genèse et de l'Exode. Plusieurs fragments de ce livre ont été trouvés parmi les rouleaux de la Mer Morte. Vraisemblablement écrit au début du 1er siècle avant notre ère, il reflète certainement l'attitude des esséniens de Qoumran très attachés au respect du calendrier liturgique et des règles de pureté. Le passage proposé est présenté comme une exhortation d'Abraham adressée à son fils Isaac :

16 Sois en tous temps propre de corps. Lave-toi à l'eau avant d'aller sacrifier à l'autel. lave-toi les mains et les pieds avant de t'approcher de l'autel. Après avoir fini de sacrifier, lave-toi de nouveau les mains et les pieds. 17 Qu'on ne voit sur vous, sur vos vêtements aucune [tache de] sang. Prends garde au sang, mon fils, prends bien garde : recouvre-le de poussière. 18 Ne mange pas de sang, car c'est l'âme; ne mange jamais de sang.

19 N'accepte aucun cadeau pour le sang d'un homme, afin qu'il ne soit pas versé pour rien, sans jugement. Car c'est le sang versé qui rend la terre coupable et elle ne peut être purifiée du sang d'un homme que par le sang de qui l'a versé. 20 N'accepte pas de cadeau, pas de présent pour le sang d'un homme; le sang [sera versé] pour le sang. Ainsi tu seras agréable au Seigneur, le Dieu très haut, car il est le gardien du bien; ainsi tu seras préservé de tout mal et sauvé toute espèce de mort."

Jubilés 21,16-20

La Bible Écrits Intertestamentaires, Gallimard, La Pléiade, 1987

illustration artistique :

La Résurrection de la fille de Jaïre, 1921 (huile sur toile 75 x 104 cm, collection particulière)

C’est en découvrant les peintures de Fra Angelico que l’auteur de ce tableau, Maurice Denis (1870-1943), découvre sa vocation de peintre chrétien. Il fonde avec Paul Gauguin le groupe des Nabis (« prophète » en hébreu) au sein duquel il sera « le nabi aux belles icônes ». Catholique, membre du Tiers-Ordre dominicain, Maurice Denis s'estimait proche de l'esprit franciscain.sur ce tableau


Texte théologique

"Crois seulement…" À quoi Jaïrus doit-il croire ? La question ne saurait se poser ainsi, car la réponse ("à la résurrection de sa fille") serait dénuée de sens. Ce juif pieux peut certes croire à la résurrection des morts, au dernier jour, mais il est clair que Jésus ne cherche pas à réveiller en lui cet article de foi; or c'est la seul chose qu'il puisse, à la limite croire […]

Aussi bien, Jésus n'appelle-t-il pas croire à quelque chose mais en quelqu'un […] Il doit croire en Dieu, lui faire confiance, incompréhensiblement, dans cet au-delà de la mort où la mort de sa fille le situe lui-même. C'est bien à Dieu, il le comprend sans doute, qu'il doit faire confiance, mais comment ferait-il, où trouverait-il la pensée et la force de faire cet acte de folie, s'il n'était porté par la parole de cet homme : "Ne crains point, crois" ? […] Jésus appelle à la foi en Dieu, mais la foi des hommes s'accroche à Jésus; Marc nous le laisse entendre plus qu'il ne nous le dit : la foi du père s'agrippe, autant qu'à la parole qui lui est dite, à la marche de Jésus qui, en dépit de tout, continue vers la maison du deuil.

On doit pouvoir dire que cet homme croit en Jésus, non pas tant pour ce qu'il espérait de lui, mais […] en raison d'une puissance qui le fascine et l'emporte. Or, cette puissance, en tous cas à ce stade de notre histoire, ne saurait être ressentie que comme celle d'un amour que rien ne peut décourager, qui prend notre défense alors qu'il n'y a plus rien à défendre, et qui nous accompagne jusque dans cette extrémité où l'homme est toujours seul : la mort.

Jean Valette, L'évangile de Marc, parole de puissance message de vie, Paris, 1986

Questions

Cette partie de l’évangile de Marc est presque uniquement consacrée aux guérisons et autres exorcismes pratiqués par Jésus. Cette activité qui devrait lui valoir la reconnaissance et l’admiration de tous suscite toutefois quelques résistances voire de l’hostilité. Dans le récit de Marc 5,21-43, à quoi, à qui sont dues ces résistances ?

Comment décririez-vous l’atmosphère qui émane du tableau de Maurice Denis ?

Pourquoi, dans le texte des Jubilés, le sang est-il important ? À quel moment peut-on lire un écho à cette conception dans le récit évangélique ?

Que pensez-vous du personnage de Jaïrus ? Vous sentez-vous proche de lui ?


prière 


Si je devais quitter le haut donjon de mes enfermements

ce serait à coup sûr pour toucher ton vêtement


Attirer ton regard qui regarde comme personne

et ne me réduit pas à la femme que je suis

aux fruits que je ne porte pas


Ton regard qui ignore la rentabilité de mon corps


Toucher ton vêtement, épouser ton mouvement

ce chemin où tu marches pour déplacer l'enjeu de nos fécondités

redonner souffle aux enfants épuisés

nous relever. Braver les interdits pour rejoindre ta Parole.


Et porter avec toi l'élan de toute vie

La résistance farouche à tout ce qui cloisonne

et condamne en vase clos

l'insondable liberté de ton Esprit.


Marion Muller-Collard, Éclats d'Évangile, 2017


 


06 septembre 2020

Disciples (Marc 6,1-7,23)

 Le texte de l'évangile

6 1 Jésus partit de là. Il vient dans sa patrie et ses disciples le suivent. 

2 Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. Frappés d’étonnement, de nombreux auditeurs disaient : « D’où cela lui vient-il ? Et quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, si bien que même des miracles se font par ses mains ?  3 N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie et le frère de Jacques, de Josès, de Jude et de Simon ? et ses sœurs ne sont-elles pas ici, chez nous ? » Et il était pour eux une occasion de chute. 

4 Jésus leur disait : « Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie, parmi ses parents et dans sa maison. » 

5 Et il ne pouvait faire là aucun miracle ; pourtant il guérit quelques malades en leur imposant les mains.  6 Et il s’étonnait de ce qu’ils ne croyaient pas.

Il parcourait les villages des environs en enseignant. 7 Il fait venir les Douze. Et il commença à les envoyer deux par deux, leur donnant autorité sur les esprits impurs. 8 Il leur ordonna de ne rien prendre pour la route, sauf un bâton : pas de pain, pas de sac, pas de monnaie dans la ceinture, 9mais pour chaussures des sandales, « et ne mettez pas deux tuniques ». 

10 Il leur disait : « Si, quelque part, vous entrez dans une maison, demeurez-y jusqu’à ce que vous quittiez l’endroit.  11 Si une localité ne vous accueille pas et si l’on ne vous écoute pas, en partant de là, secouez la poussière de vos pieds : ils auront là un témoignage. » 

12 Ils partirent et ils proclamèrent qu’il fallait se convertir.  13 Ils chassaient beaucoup de démons, ils faisaient des onctions d’huile à beaucoup de malades et ils les guérissaient.

14 Le roi Hérode entendit parler de Jésus, car son nom était devenu célèbre. On disait : « Jean le Baptiste est ressuscité des morts ; voilà pourquoi le pouvoir de faire des miracles agit en lui. » 

15 D’autres disaient : « C’est Elie. » D’autres disaient : « C’est un prophète semblable à l’un de nos prophètes. » 

16 Entendant ces propos, Hérode disait : « Ce Jean que j’ai fait décapiter, c’est lui qui est ressuscité. »

17 En effet, Hérode avait fait arrêter Jean et l’avait enchaîné en prison, à cause d’Hérodiade, la femme de son frère Philippe, qu’il avait épousée. 18 Car Jean disait à Hérode : « Il ne t’est pas permis de garder la femme de ton frère. »  19 Aussi, Hérodiade le haïssait et voulait le faire mourir, mais elle ne le pouvait pas,  20 car Hérode craignait Jean, sachant que c’était un homme juste et saint, et il le protégeait. Quand il l’avait entendu, il restait fort perplexe ; cependant il l’écoutait volontiers. 

21 Mais un jour propice arriva lorsque Hérode, pour son anniversaire, donna un banquet à ses dignitaires, à ses officiers et aux notables de Galilée.  22 La fille de cette Hérodiade vint exécuter une danse et elle plut à Hérode et à ses convives. Le roi dit à la jeune fille : « Demande-moi ce que tu veux et je te le donnerai. »  23 Et il lui fit ce serment : « Tout ce que tu me demanderas, je te le donnerai, serait-ce la moitié de mon royaume. » 

24 Elle sortit et dit à sa mère : « Que vais-je demander ? »

Celle-ci répondit : « La tête de Jean le Baptiste. » 

25 En toute hâte, elle rentra auprès du roi et lui demanda : « Je veux que tu me donnes tout de suite sur un plat la tête de Jean le Baptiste. » 

26 Le roi devint triste, mais, à cause de son serment et des convives, il ne voulut pas lui refuser. 

27 Aussitôt le roi envoya un garde avec l’ordre d’apporter la tête de Jean. Le garde alla le décapiter dans sa prison, 28 il apporta la tête sur un plat, il la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère. 

29 Quand ils l’eurent appris, les disciples de Jean vinrent prendre son cadavre et le déposèrent dans un tombeau.

30 Les apôtres se réunissent auprès de Jésus et ils lui rapportèrent tout ce qu’ils avaient fait et tout ce qu’ils avaient enseigné. 31 Il leur dit : « Vous autres, venez à l’écart dans un lieu désert et reposez-vous un peu. » Car il y avait beaucoup de monde qui venait et repartait, et eux n’avaient pas même le temps de manger. 

32 Ils partirent en barque vers un lieu désert, à l’écart. 

33 Les gens les virent s’éloigner et beaucoup les reconnurent. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent à cet endroit et arrivèrent avant eux. 

34 En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut pris de pitié pour eux parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger, et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses.  35 Puis, comme il était déjà tard, ses disciples s’approchèrent de lui pour lui dire : « L’endroit est désert et il est déjà tard.  36 Renvoie-les : qu’ils aillent dans les hameaux et les villages des environs s’acheter de quoi manger. » 

37 Mais il leur répondit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

Ils lui disent : « Nous faut-il aller acheter pour deux cents pièces d’argent de pains et leur donner à manger ? » 

38 Il leur dit : « Combien avez-vous de pains ? Allez voir ! »

Ayant vérifié, ils disent : « Cinq, et deux poissons. » 

39 Et il leur commanda d’installer tout le monde par groupes sur l’herbe verte. 40 Ils s’étendirent par rangées de cent et de cinquante.  41 Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et levant son regard vers le ciel, il prononça la bénédiction, rompit les pains et il les donnait aux disciples pour qu’ils les offrent aux gens. Il partagea aussi les deux poissons entre tous. 42 Ils mangèrent tous et furent rassasiés. 43 Et l’on emporta les morceaux, qui remplissaient douze paniers, et aussi ce qui restait des poissons.  44 Ceux qui avaient mangé les pains étaient cinq mille hommes.

45 Aussitôt, Jésus obligea ses disciples à remonter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, vers Bethsaïda, pendant que lui-même renvoyait la foule. 

46 Après l’avoir congédiée, il partit dans la montagne pour prier. 

47 Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, seul, à terre. 48 Voyant qu’ils se battaient à ramer contre le vent qui leur était contraire, vers la fin de la nuit, il vient vers eux en marchant sur la mer, et il allait les dépasser. 

49 En le voyant marcher sur la mer, ils crurent que c’était un fantôme et ils poussèrent des cris.  50 Car ils le virent tous et ils furent affolés. Mais lui aussitôt leur parla ; il leur dit : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur. » 

51 Il monta auprès d’eux dans la barque, et le vent tomba. Ils étaient extrêmement bouleversés.  52 En effet, ils n’avaient rien compris à l’affaire des pains, leur cœur était endurci.

53 Après la traversée, ils touchèrent terre à Gennésareth et ils abordèrent. 

54 Dès qu’ils eurent débarqué, les gens reconnurent Jésus ;  55 ils parcoururent tout le pays et se mirent à apporter les malades sur des brancards là où l’on apprenait qu’il était.  56 Partout où il entrait, villages, villes ou hameaux, on mettait les malades sur les places ; on le suppliait de les laisser toucher seulement la frange de son vêtement ; et ceux qui le touchaient étaient tous sauvés.

7 1 Les Pharisiens et quelques scribes venus de Jérusalem se rassemblent auprès de Jésus.  2 Ils voient que certains de ses disciples prennent leurs repas avec des mains impures, c’est-à-dire sans les avoir lavées. 3 En effet, les Pharisiens, comme tous les Juifs, ne mangent pas sans s’être lavé soigneusement les mains, par attachement à la tradition des anciens ;  4 en revenant du marché, ils ne mangent pas sans avoir fait des ablutions ; et il y a beaucoup d’autres pratiques traditionnelles auxquelles ils sont attachés : lavages rituels des coupes, des cruches et des plats. 

5 Les Pharisiens et les scribes demandent donc à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne se conduisent-ils pas conformément à la tradition des anciens, mais prennent-ils leur repas avec des mains impures ? » 

6 Il leur dit : « Esaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, car il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi ; 7 c’est en vain qu’ils me rendent un culte car les doctrines qu’ils enseignent ne sont que préceptes d’hommes1.

8 Vous laissez de côté le commandement de Dieu et vous vous attachez à la tradition des hommes. » 

9 Il leur disait : « Vous repoussez bel et bien le commandement de Dieu pour garder votre tradition.  10 Car Moïse a dit : “Honore ton père et ta mère”, et encore : “Celui qui insulte père ou mère, qu’il soit puni de mort.” 

11 Mais vous, vous dites : “Si quelqu’un dit à son père ou à sa mère : le secours que tu devais recevoir de moi est qorbân, c’est-à-dire offrande sacrée…”  12 vous lui permettez de ne plus rien faire pour son père ou pour sa mère :  13 vous annulez ainsi la parole de Dieu par la tradition que vous transmettez. Et vous faites beaucoup de choses du même genre. » 

14 Puis, appelant de nouveau la foule, il leur disait : « Écoutez-moi tous et comprenez. 15 Il n’y a rien d’extérieur à l’homme qui puisse le rendre impur en pénétrant en lui, mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. » [16] 

17 Lorsqu’il fut entré dans la maison, loin de la foule, ses disciples l’interrogeaient sur cette parole énigmatique.  18 Il leur dit : « Vous aussi, êtes-vous donc sans intelligence ? Ne savez-vous pas que rien de ce qui pénètre de l’extérieur dans l’homme ne peut le rendre impur, 19 puisque cela ne pénètre pas dans son cœur, mais dans son ventre, puis s’en va dans la fosse ? » Il déclarait ainsi que tous les aliments sont purs. 

20 Il disait : « Ce qui sort de l’homme, c’est cela qui rend l’homme impur.  21 En effet, c’est de l’intérieur, c’est du cœur des hommes que sortent les intentions mauvaises, inconduite, vols, meurtres,  22 adultères, cupidité, perversités, ruse, débauche, envie, injures, vanité, déraison.  23 Tout ce mal sort de l’intérieur et rend l’homme impur. »

un texte ancien

Au premier siècle, les juifs de Palestine ne parlent plus l'hébreu, la langue de la Bible, mais l'araméen. Aussi est-il nécessaire dans les synagogues de traduire les textes de la Thora dans cette dernière langue. Après chaque verset lu en hébreu, quelqu'un traduit en araméen et en profite pour glisser quelques mots d'explication et d'interprétation. Cette traduction d'abord orale est petit à petit mise par écrit, donnant naissance à ce qu'on va appeler le targoum (mot signifiant « traduction » en araméen). Le targoum nous permet d'entrevoir la manière dont, à l'époque de Jésus et dans les siècles suivants, on interprétait à la synagogue le texte biblique. Voici donc la traduction française du targoum d'Exode 16,10-16 :


10 Il advint donc, alors qu'Aaron parlait à toute la communauté d'Israël, qu'ils regardèrent en direction du désert et voici que la Gloire la Présence de YHWH apparut dans la nuée de gloire. 11 Alors YHWH parla à Moïse : 12 Les murmures des gens d'Israël ont été entendus devant moi. Parle-leur et dis : <Au crépuscule, vous mangerez du pain et vous saurez que je suis YHWH, votre dieu.>

13 Le soir, des faisans montèrent et recouvrir le camp et, le matin, il y eut une chute de rosée, congelée, préparée comme des tables tout autour du camp. 14 Les nuées montèrent et firent descendre la manne par dessus la chute de rosée; elle était comme une couche mince sur la surface du désert, mince comme le givre qui est sur la terre. 15 Les gens d'Israël virent cela. Ils furent étonnés et il se disaient les uns aux autres : "Qu'est-ce que cela? ". En effet, ils ne savaient pas ce que c'était. Et Moïse leur dit : " c'est le pain qui a été mis en réserve pour vous dès l'origine dans les Cieux d'en haut et que YHWH vous donne maintenant à manger. 16 Voici ce qu'a prescrit YHWH : ramassez-en chacun selon ce qu'il peut manger …"

d’après Roger Le Déaut, Targum du Pentateuque, Tome II, Sources Chrétiennes, Le Cerf, Paris 1979

une mosaïque 

 Le nom du site de Tabgha, près de Capernaüm en Galilée, viendrait du grec heptagon qui serait dû aux sept (« hepta » en grec) sources que l'on y trouve. C'est là, dit-on, qu'aurait eu lieu cette première multiplication des pains. En témoigne cette mosaïque qui se trouvait dans une église commémorative byzantine du Vème siècle érigée sur place et sans doute détruite au moment d’une invasion perse en 614. Cette mosaïque qui se trouvait dans cette église est aujourd'hui visible dans une nouvelle chapelle desservie par des bénédictins.


un texte théologique 

"Ayant pris les pains" : ce n'est pas pour lui que Jésus prend du pain, ce n'est pas pour le consommer lui-même, mais c'est pour le donner aux disciples, pour qu'eux-mêmes le donnent à la foule. Jésus prend pour donner […] Lors de la Cène, il en va de même : Jésus prend le pain pour le donner encore; il le donne encore aux disciples. il ne garde rien pour lui. Marc nous dit cela avec une grande simplicité, comme pour nous montrer la grande simplicité avec laquelle Jésus a fait ces gestes : prendre, bénir, rompre, donner…ce sont en effet des gestes d'une grande simplicité !

"Il le donna": pendant la multiplication des pains, Jésus fait ce geste en silence. À la Cène, il fait ce même geste en l'accompagnant d'un mot très simple : "Prenez". Tous demeure dans la simplicité des mots, mais quelle profondeur dans cette simplicité; lorsque noue entendons ce qui suit "Prenez, ceci est mon corps" ! En donnant le pain, Jésus donne sa vie; il se donne lui-même. le mystère de sa vie est là, dans ce bout de pain qui m'est donné. Les mots sont simples et insondables à la fois.

Daniel Bourguet, L'humble divinité de Jésus dans l'évangile de Marc, Olivétan, Lyon 2020


Questions 

- Le récit de la multiplication des pains nous est transmis juste après celui tragique de l'arrestation et de l'exécution de Jean-Baptiste. Pensez-vous que ces deux récits sont en liens l'un avec l'autre ?

- Parce l'histoire se passe au désert, on a parfois rapproché l'épisode de la multiplication des pains avec celui de la manne dans le livre de l'exode. La version que donne le targoum de cet épisode est un peu différent de celui que nous lisons habituellement. Si le texte de l'évangile fait écho à celui de la Thora, qu'est-ce que cela signifie pour notre compréhension du ministère du Christ ?

- Lors de la multiplication des pains, à quel moment précis se déroule le miracle ? Que pensez-vous de l'interprétation qu'en donne le pasteur Daniel Bourguet (texte ci-dessous) ?


prière 


Seigneur Jésus, […]

Avant de rompre le pain dans ce lieu désert,

tu as tourné en silence ton regard vers le Père

en communion d'amour avec lui, lui aussi en silence,

et l'Esprit Saint vous a unis dans la profondeur de ce silence.


Après avoir rendu grâce, tu as rompu ce pain en silence,

en communion d'amour avec la foule

qui allait se nourrir de ce pain,

et l'Esprit saint vous a unis dans la profondeur de ce silence.


Et dans ton cœur déjà se profilait la croix qui t'attendait en silence.


Seigneur Jésus, en chaque Sainte Cène je fais silence

et je te contemple en train de rompre le pain,

en communion d'amour avec ton Père,

avec tes disciples, avec la foule

et avec nous qui recevons le pain rompu.

Que l'Esprit poursuive son œuvre en nos cœurs

pour nous unis à toi, au plus profond de cette communion d'amour.


Et que vienne enfin le jour où tu viendras rompre à nouveau ce pain

avec nous et pour nous dans le Royaume de ton Père,

que vienne ce jour béni

où nous pourrons te contempler en recevant de toi ce pain,

je t'en prie, toi qui vis et règne avec le Père et l'Esprit saint,

maintenant et toujours et pour les siècles des siècles.


Amen


Daniel Bourguet

 




1-Esaïe 29,13 version grecque


05 septembre 2020

des pains et une grande vision (Marc 7,24-9,13)

le texte de l'évangile 

7 24 Parti de là, Jésus se rendit dans le territoire de Tyr. Il entra dans une maison et il ne voulait pas qu’on le sache, mais il ne put rester ignoré.  26 Tout de suite, une femme dont la fille avait un esprit impur entendit parler de lui et vint se jeter à ses pieds.  26 Cette femme était païenne, syro-phénicienne de naissance. Elle demandait à Jésus de chasser le démon hors de sa fille. 

27 Jésus lui disait : « Laisse d’abord les enfants se rassasier, car ce n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens. » 

28 Elle lui répondit : « C’est vrai, Seigneur, mais les petits chiens, sous la table, mangent des miettes des enfants. » 

29 Il lui dit : « A cause de cette parole, va, le démon est sorti de ta fille. » 

30 Elle retourna chez elle et trouva l’enfant étendue sur le lit : le démon l’avait quittée.

31 Jésus quitta le territoire de Tyr et revint par Sidon vers la mer de Galilée en traversant le territoire de la Décapole. 32 On lui amène un sourd qui, de plus, parlait difficilement et on le supplie de lui imposer la main.  33 Le prenant loin de la foule, à l’écart, Jésus lui mit les doigts dans les oreilles, cracha et lui toucha la langue.  34 Puis, levant son regard vers le ciel, il soupira. Et il lui dit : « Ephphata », c’est-à-dire : « Ouvre-toi. » 

35 Aussitôt ses oreilles s’ouvrirent, sa langue se délia, et il parlait correctement.  36 Jésus leur recommanda de n’en parler à personne : mais plus il le leur recommandait, plus ceux-ci le proclamaient.  37Ils étaient très impressionnés et ils disaient : « Il a bien fait toutes choses ; il fait entendre les sourds et parler les muets. »

8 1 En ces jours-là, comme il y avait de nouveau une grande foule et qu’elle n’avait pas de quoi manger, Jésus appelle ses disciples et leur dit :  2 « J’ai pitié de cette foule, car voilà déjà trois jours qu’ils restent auprès de moi et ils n’ont pas de quoi manger. 3 Si je les renvoie chez eux à jeun, ils vont défaillir en chemin, et il y en a qui sont venus de loin. » 

4 Ses disciples lui répondirent : « Où trouver de quoi les rassasier de pains, ici dans un désert ? » 

5 Il leur demandait : « Combien avez-vous de pains ? » – « Sept », dirent-ils. 

6 Et il ordonne à la foule de s’étendre par terre. Puis il prit les sept pains et, après avoir rendu grâce, il les rompit et il les donnait à ses disciples pour qu’ils les offrent. Et ils les offrirent à la foule. 

7 Ils avaient aussi quelques petits poissons. Jésus prononça sur eux la bénédiction et dit de les offrir également.  8 Ils mangèrent et furent rassasiés. Et l’on emporta les morceaux qui restaient : sept corbeilles ;  9 or ils étaient environ quatre mille. Puis Jésus les renvoya ;  10 et aussitôt il monta dans la barque avec ses disciples et se rendit dans la région de Dalmanoutha.

11 Les Pharisiens vinrent et se mirent à discuter avec Jésus ; pour lui tendre un piège, ils lui demandent un signe qui vienne du ciel. 12 Poussant un profond soupir, Jésus dit : « Pourquoi cette génération demande-t-elle un signe ? En vérité, je vous le déclare, il ne sera pas donné de signe à cette génération. » 

13 Et les quittant, il remonta dans la barque et il partit pour l’autre rive.

14 Les disciples avaient oublié de prendre des pains et n’en avaient qu’un seul avec eux dans la barque.  15 Jésus leur faisait cette recommandation : « Attention ! prenez garde au levain des Pharisiens et à celui d’Hérode. » 

16 Ils se mirent à discuter entre eux parce qu’ils n’avaient pas de pains. 

18 Jésus s’en aperçoit et leur dit : « Pourquoi discutez-vous parce que vous n’avez pas de pains ? Vous ne saisissez pas encore et vous ne comprenez pas ? Avez-vous le cœur endurci ?  19 Vous avez des yeux : ne voyez-vous pas ? Vous avez des oreilles : n’entendez-vous pas ? Ne vous rappelez-vous pas,  19 quand j’ai rompu les cinq pains pour les cinq mille hommes, combien de paniers pleins de morceaux vous avez emportés ? » Ils disent : « Douze. »  20 « Et quand j’ai rompu les sept pains pour les quatre mille hommes, combien de corbeilles pleines de morceaux avez-vous emportées ? » Ils disent : « Sept. » 

21 Et il leur disait : « Ne comprenez-vous pas encore ? »

22 Ils arrivent à Bethsaïda ; on lui amène un aveugle et on le supplie de le toucher.  23 Prenant l’aveugle par la main, il le conduisit hors du village. Il mit de la salive sur ses yeux, lui imposa les mains et il lui demandait : « Vois-tu quelque chose ? » 

24 Ayant ouvert les yeux, il disait : « J’aperçois les gens, je les vois comme des arbres, mais ils marchent. » 

25 Puis, Jésus lui posa de nouveau les mains sur les yeux et l’homme vit clair ; il était guéri et voyait tout distinctement.  26 Jésus le renvoya chez lui en disant : « N’entre même pas dans le village. »

27 Jésus s’en alla avec ses disciples vers les villages voisins de Césarée de Philippe. En chemin, il interrogeait ses disciples : « Qui suis-je, au dire des hommes ? » 

28 Ils lui dirent : « Jean le Baptiste ; pour d’autres, Elie ; pour d’autres, l’un des prophètes. » 

29 Et lui leur demandait : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Prenant la parole, Pierre lui répond : « Tu es le Christ. »  30 Et il leur commanda sévèrement de ne parler de lui à personne.

31 Puis il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite.  32 Il tenait ouvertement ce langage.

Pierre, le tirant à part, se mit à le réprimander.  33 Mais lui, se retournant et voyant ses disciples, réprimanda Pierre ; il lui dit : « Retire-toi ! Derrière moi, Satan, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

34 Puis il fit venir la foule avec ses disciples et il leur dit : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix, et qu’il me suive. 35 En effet, qui veut sauver sa vie, la perdra ; mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile, la sauvera.  36 Et quel avantage l’homme a-t-il à gagner le monde entier, s’il le paie de sa vie ?  37 Que pourrait donner l’homme qui ait la valeur de sa vie ?  38 Car si quelqu’un a honte de moi et de mes paroles au milieu de cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges. »

9 1 Et il leur disait : « En vérité, je vous le déclare, parmi ceux qui sont ici, certains ne mourront pas avant de voir le Règne de Dieu venu avec puissance. »

2 Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmène seuls à l’écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux, 3 et ses vêtements devinrent éblouissants, si blancs qu’aucun foulon sur terre ne saurait blanchir ainsi. 

4 Elie leur apparut avec Moïse ; ils s’entretenaient avec Jésus. 

5 Intervenant, Pierre dit à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, une pour Elie. »  6 Il ne savait que dire car ils étaient saisis de crainte. 

7 Une nuée vint les recouvrir et il y eut une voix venant de la nuée : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le ! » 

8 Aussitôt, regardant autour d’eux, ils ne virent plus personne d’autre que Jésus, seul avec eux. 

9 Comme ils descendaient de la montagne, il leur recommanda de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, jusqu’à ce que le Fils de l’homme ressuscite d’entre les morts.  10 Ils observèrent cet ordre, tout en se demandant entre eux ce qu’il entendait par « ressusciter d’entre les morts ».

11 Et ils l’interrogeaient : « Pourquoi les scribes disent-ils qu’Elie doit venir d’abord ? » 

12 Il leur dit : « Certes, Elie vient d’abord et rétablit tout, mais alors comment est-il écrit du Fils de l’homme qu’il doit beaucoup souffrir et être méprisé ?  13 Eh bien ! je vous le déclare, Elie est venu et ils lui ont fait tout ce qu’ils voulaient, selon ce qui est écrit de lui. »

Un texte ancien

Tandis que [Moïse] s'avançait vers l'endroit où il allait disparaître, tout le monde le suivait en larmes. Mais Moïse, d'un signe de la main, ordonna à ceux qui étaient loin de demeurer en repos, et par des mots, exhorta les plus rapprochés, leur disant de ne pas lui faire un départ larmoyant en le suivant ainsi. Ceux-ci, acceptant de l'honorer encore sur ce point et de lui permettre de quitter la vie de la manière qu'il désirait, s'arrêtèrent, pleurant ensemble. Seuls les anciens l'accompagnèrent ainsi qu'Éléazar, le grand prêtre, et Josué, le chef de l'armée. Mais lorsqu'il arriva sur la montagne qu'on appelle Abarim - c'est une hauteur située en face de Jéricho, qui permet d'apercevoir, quand on la gravit la belle région des Cananéens sur une large étendue -, il congédia les Anciens. Et pendant qu'il embrassait Éléazar et Josué et qu'il s'entretenait encore avec eux, une nuée se posa soudain sur lui, et il disparut dans un ravin. Mais il a écrit lui-même dans les Livres saints qu'il était mort, de crainte que, par excès d'affection pour lui, on osât prétendre qu'il était allé rejoindre la divinité.

Flavius Josephe, Les Antiquités Juives livre IV, 323-326

(traduction Etienne Nodet, Le Cerf 1995)

 Vitrail de la transfiguration.


Taizé, église de la Réconciliation.

Éric de Saussure alias Frère Éric (1925-2007) a étudié les Beaux-Arts à Paris et à Florence. En 1949, il rejoignit la communauté de Taizé, encore toute petite à l’époque, et fut l’artisan des vitraux de l’église de la Réconciliation. Il a vécu non seulement à Taizé, mais aussi dans des fraternités de frères en Algérie et aux États-Unis



 

 un texte théologique 

Anastase le Sinaïte Né au début du VIIème siècle, Anastase le Sinaïte devint moine puis Abbé du monastère du Mont Sinaï. Il meurt à un âge très avancé vers 700. Voici un extrait d'une de ses homélies pour la fête de la Transfiguration.

Aujourd'hui […] le Seigneur est vraiment apparu sur la montagne. Aujourd'hui, la nature humaine, jadis créée semblable à Dieu, mais obscurcie par les figures informes des idoles, a été transfigurée en l'ancienne beauté de l'homme créé à l'image et ressemblance de Dieu1.

Aujourd'hui, sur la montagne, la nature, qui s'était égarée dans l'idolâtrie sur les montagnes2, a été transformée tout en demeurant elle-même et a brillé de la clarté resplendissante de la Divinité.

Aujourd'hui sur la montagne, celui qui était vêtu des sombres et tristes tuniques de peau dont parle la Genèse3 a endossé le vêtement divin, se drapant de lumière comme d'un manteau4.

Aujourd'hui sur le mont Thabor5, est mystérieusement apparue la condition de la vie future et du Royaume de joie. Aujourd'hui, de façon étonnante, les antiques messagers de l'Ancienne et de la Nouvelle Alliances se sont rassemblés autour de Dieu sur la montagne, porteurs d'un mystère plein de paradoxe.

Aujourd'hui, sur le mont Thabor, se dessine le mystère de la Croix qui par la mort donne la vie : tout comme le Christ fut crucifié entre deux hommes sur le mont du Calvaire, ainsi se dresse-t-il dans la majesté divine entre Moïse et Élie. Et la fête d'aujourd'hui nous montre cet autre Sinaï, montagne combien plus précieuse que le Sinaï par ses merveilles et ses événements : elle dépasse par sa Théophanie les visions divines figurées et obscures.

Questions

Quels liens voyez-vous entre les différents épisodes de cette portion de l’évangile et le récit de la transfiguration ?

Y-a-t-il des thèmes que ce dernier récit illustre qui sont déjà annoncés dans ce qui précède?

Quelle est, à votre avis la signification de la présence d’Élie et de Moïse sur la montagne aux côtés de Jésus ?

Que laisse entendre le récit de Flavius Josephe concernant la fin de Moïse ?

Comment les disciples reconnaissent-ils Élie et Moïse ?

Quel sens donnez-vous à cette expérience unique des disciples sur la montagne ?

méditation 

Sur la montagne, la gloire du Christ s’est effacée.

Nul n’a pu dresser là une tente pour Jésus, Moïse et Élie.

Devons-nous apprendre que le sens final de la vision de Dieu, quelle qu’elle soit, est le retour au monde des autres ?

Enfouie, cachée, bafouée même, la gloire de Dieu réside dans les êtres comme le levain dans la pâte. Le monde visible lui-même en porte la trace, car la terre est le marchepied de Dieu. N’est-ce pas cette gloire que nous pressentons dans l’arbre et dans l’étoile, dans l’infiniment petit comme dans l’immense ?

Plus de nuée qui vienne nous recouvrir, mais le vêtement léger de toutes les prières posées sur les épaules fatiguées.

Plus de Seigneur transfiguré à portée de regard mais une présence discrète, intime qui demeurera avec nous jusqu’à la fin du monde.

Plus d’étincelante blancheur, mais la lampe qui brille en un lieu obscur. Plus de parole à capter dans un ciel illuminé mais des oreilles qui entendent ce que l’esprit dit aux Églises.

Plus de catéchèse divine à la descente vers Jérusalem, mais la parole qu’on se donne, d’un homme à un autre homme comme on se partage le pain.

Sortis de l’extraordinaire, nous sommes entrés tout à nouveau dans l’ordinaire. Là nous retrouvons ce qu’est l’existence, ses larmes et ses possibles, mais l’œuvre de la vie s’accomplira en chaque lieu de nos obéissances.

Nous en portons le trésor dans des vases d’argile afin qu’une si grande puissance soit attribuée à Dieu et non à nous.



Sœur Myriam, Communauté des diaconesses de Reuilly

Réforme 21 février 2002

1- Genèse 1,26-27

2- allusions aux cultes de la fertilités pratiquées en Israël

3- Genèse 3,21

4- Psaume 103,2

5-où selon la tradition se produit la Transfiguration