11 septembre 2020

Introduction

 


      Voilà le projet proposé à plusieurs groupes de lecture de la Bible dans la région Auvergne-Rhône-Alpes.

-lire à plusieurs un évangile en entier

    - s'arrêter à certaines étapes

    - approfondir avec d’autre un passage de cette lecture mis en relation avec un texte contemporain de Jésus.

Chaque nouvelle étape qui sera présentée dans ce blog commence par un bon morceau d'évangile qui peut comporter plusieurs pages dans une traduction très proche de la Traduction œcuménique de la Bible (TOB). Une partie sera mise en valeur par une graphie en caractères gras. C'est sur cette partie du texte que portera l'étude plus particulière que nous vous proposons en sachant que c'est aussi dans le cadre de l'ensemble de l'évangile que nous vous proposons de lire ce passage.

On peut imaginer par exemple que la totalité de la grande section proposée sera lue en ouverture des travaux du groupe, ce qui ne devrait pas prendre plus de cinq minutes, ou encore que chacun avant la réunion du groupe prenne le temps de lire cette grande section et peut-être de noter quelques remarques …

À la suite des textes évangéliques, nous vous proposons un texte juif contemporain des événements racontés et choisi en fonction du texte proposé.

Puis sera présentée une œuvre d’art qui illustre le texte (court) de l’évangile, un commentaire ou une réflexion émanent d'un théologien chrétien et quelques questions qui pourront aider (ou pas) le groupe dans sa démarche. Tous ces éléments vous sont proposés comme autant de fenêtres sur le texte selon des approches différentes auxquelles les uns ou les autres pourront être sensibles. Chaque étape se termine alors par une une méditation ou une prière parfois préparée par le théologien dont on a repris des éléments de commentaires. Pour accéder aux étapes ultérieures il suffit de cliquer sur le bouton "articles plus anciens" au bas de la page que vous avez ouverte.  

Que vous fassiez partie ou non des groupes de lecture biblique qui se sont mis en route sur ce parcours, vous pouvez réagir en commentant les textes proposés, en posant des questions, en proposant des interprétations … Il vous suffit pour cela de cliquer sur la rubrique "aucun commentaire" (ou "un, deux, trois… commentaire/s") qui se trouve à la fin de chaque étape du parcours. Tout ne pourra sans doute pas être retranscrit dans ce blog mais nous tenterons de faire écho à vos contributions, le but étant de mettre en lien les personnes et les groupes qui acceptent de partager leurs lectures.

N’hésitez pas à commenter les pages qui suivent pour enrichir la démarche commune.

Et surtout bonne lecture de l’évangile !

Jean-Pierre Sternberger, 
          animateur biblique pour la région Centre-Alpes-Rhône de l'Église protestante unie de France.   

retrouvez notre actualité sur la page Facebook : animation Biblique en Région Cantre-Alpes-Rhône (https://www.facebook.com/groups/728813550536117/) 



10 septembre 2020

quand surgit l'Évangile (Marc 1,1 à 39)

 le texte de l'évangile

1 1 Commencement de l’Évangile de Jésus Christ Fils de Dieu : 

2 Ainsi qu’il est écrit dans le livre du prophète Esaïe, 

Voici, j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer ton chemin.

3 Une voix crie dans le désert :

Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers1.

4 Jean le Baptiste parut dans le désert, proclamant un baptême de conversion en vue du pardon des péchés.  5 Tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui ; ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain en confessant leurs péchés.  6 Jean était vêtu de poil de chameau avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.  7 Il proclamait : « Celui qui est plus fort que moi vient après moi, et je ne suis pas digne, en me courbant, de délier la lanière de ses sandales.  8 Moi, je vous ai baptisés d’eau, mais lui vous baptisera d’Esprit Saint. »

9 Or, en ces jours-là, Jésus vint de Nazareth en Galilée et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain.  10 A l’instant où il remontait de l’eau, il vit les cieux se déchirer et l’Esprit, comme une colombe, descendre sur lui.  11 Et des cieux vint une voix : « Tu es mon Fils bien-aimé, il m’a plu de te choisir. »

12 Aussitôt l’Esprit pousse Jésus au désert.  13 Durant quarante jours, au désert, il fut tenté par Satan. Il était avec les bêtes sauvages et les anges le servaient.

14 Après que Jean eut été livré, Jésus vint en Galilée. Il proclamait l’Évangile de Dieu et disait :  15 Le temps est accompli, et le Règne de Dieu s’est approché : convertissez-vous et croyez à l’Évangile. 

16 Comme il passait le long de la mer de Galilée, il vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter le filet dans la mer : c’étaient des pêcheurs.  17 Jésus leur dit : « Venez à ma suite, et je ferai de vous des pêcheurs d’hommes. » 

18 Laissant aussitôt leurs filets, ils le suivirent. 

19 Avançant un peu, il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, qui étaient dans leur barque en train d’arranger leurs filets.  20Aussitôt, il les appela. Et laissant dans la barque leur père Zébédée avec les ouvriers, ils partirent à sa suite.

21 Ils pénètrent dans Capharnaüm. Et dès le jour du sabbat, entré dans la synagogue, Jésus enseignait.  22 Ils étaient frappés de son enseignement, car il les enseignait en homme qui a autorité et non pas comme les scribes. 23 Justement il y avait dans leur synagogue un homme possédé d’un esprit impur ; il s’écria :  24 « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es : le Saint de Dieu. » 

25 Jésus lui commanda sévèrement : « Tais-toi et sors de cet homme. » 

26 L’esprit impur le secoua avec violence et il sortit de lui en poussant un grand cri. 

27 Ils furent tous tellement saisis qu’ils se demandaient les uns aux autres : « Qu’est-ce que cela ? Voilà un enseignement nouveau, plein d’autorité ! Il commande même aux esprits impurs et ils lui obéissent ! » 

28 Et sa renommée se répandit aussitôt partout, dans toute la région de Galilée.

29 Juste en sortant de la synagogue, ils allèrent, avec Jacques et Jean, dans la maison de Simon et d’André.  30 Or la belle-mère de Simon était couchée, elle avait de la fièvre ; aussitôt on parle d’elle à Jésus.  31 Il s’approcha et la fit lever en lui prenant la main : la fièvre la quitta et elle se mit à les servir.

32 Le soir venu, après le coucher du soleil, on se mit à lui amener tous les malades et les démoniaques.  33 La ville entière était rassemblée à la porte. 34 Il guérit de nombreux malades souffrant de maux de toutes sortes et il chassa de nombreux démons ; et il ne laissait pas parler les démons, parce que ceux-ci le connaissaient.

34 Au matin, à la nuit noire, Jésus se leva, sortit et s’en alla dans un lieu désert ; là, il priait. 

36 Simon se mit à sa recherche, ainsi que ses compagnons,  37 et ils le trouvèrent. Ils lui disent : « Tout le monde te cherche. » 

38 Et il leur dit : « Allons ailleurs, dans les bourgs voisins, pour que j’y proclame aussi l’Évangile : car c’est pour cela que je suis sorti. » 

39 Et il alla par toute la Galilée ; il prêchait dans leurs synagogues et chassait les démons.

 

un texte ancien

Les manuscrits trouvés près de la Mer Morte ont traversé deux millénaires. Celui qui est traduit ici n'est qu'un fragment d'un texte sans doute bien plus développé. Les parties manquantes dans le manuscrit sont signalées par des crochets […]. Ce document est répertorié 4Q560 ce qui signifie que c'est le 560ème (!) fragment de texte trouvé dans la 4ème grotte du site de Qoumrân. Il est vraisemblablement extrait d'un rituel d'exorcisme :

… Je vous conjure, vous tous qui pénétrez dans le corps : démon qui fait dépérir l'homme et démon qui fait dépérir la femme

… Je vous conjure par le nom de YHWH, lui qui efface le péché et la transgression

démon de la fièvre et démon du frisson et démon des maux de poitrines […]

Vous n'avez pas le droit de semer le troubler la nuit par les rêves ni le jour durant le sommeil.

ô Incube, ô succube, ô vous démons qui traversez les murailles […] perfides

Devant [lui…] devant lui et […] et moi , ô esprit, je [te] conjure [de ne pas…]

Je te conjure, ô esprit [de te …] sur la terre et dans les nuages …

fragment d'un manuel d'exorcisme en vigueur à l'époque de Jésus 

traduction Michael Wise, Martin Abegg,Jr, Edward Cook,

Les Manuscrits de la Mer Morte, 2003

 

 Mosaïque St Sauveur in Chora (Istanboul)  

cette église qui était autrefois à la campagne (d’où son nom de Chora, « campagne » en grec) fut décorée entre 1315 et 1321 de magnifiques mosaïques. Devenue mosquée après la conquête de la ville par les Turcs, elle fut transformée en musée avant de redevenir une mosquée à l’automne 2020. https://structurae.net/fr/ouvrages/eglise-saint-sauveur-in-chora

 

Sur cette partie de la coupole, on lit « le Christ guérit la belle mère de Simon Pierre ». Le Christ est au centre de la composition, il saisit la main de la malade dans un geste qui, bien des années plus tard, aura pu inspirer Michel Ange pour sa célèbre création d’Adam …

 

un commentaire de Marion Muller-Collardvoir qui est cette auteure 

C'est peut-être précisément parce qu'il ne fréquentait pas obsessionnellement les lieux réservés à la sainteté qu'il émanait de Jésus une autorité singulière et que l'évangéliste, à ce stade de son récit, laisse flotter une certaine ellipse. Il parle "comme ayant autorité". Et tout ce que l'on sait, c'est que ce n'est pas la même autorité que celle des scribes qui ont pourtant autorité dans les synagogues […]

Scribe, en grec, se dit grammateus, et bien que ce soit un contre-sens, j'entends malgré moi grammairien. Celui qui a bien raison de connaître toutes les subtilités linguistiques, mais qui pourrait faire mourir la parole s'il en assèche le souffle à grands coups de règles. La précision, l'exactitude et la justesse ne suffisent pas à la vérité. L'érudition ne suffit pas, devant un homme, pour connaître son cœur et savoir identifier ce qui parle en lui. Il faut connaître le livre mais aussi avoir beaucoup marché, avoir vécu dans le désert, savoir se perdre et apprendre à se retrouver, regarder la lumière décliner au bord d'un lac, se laisser saisir par les visages durs des hommes aux mains calleuses qui remontent les filets et musellent leur fatigue.

On peut connaître la loi, les équations, les recette, les leçons par cœur. Un jour vient où il faut savoir par corps. Les vivre, les éprouver, les passer dans l'acide du réel, du maintenant, du concret. Et je crois que c'est cette conversion du livre en parole vécue et vivante qui donne à Jésus son autorité.

Marion Muller-Collard, Éclats d'Évangile, Bayard, Paris 2017

 Question …

Comparer les deux interventions de Jésus dans la synagogue de Capharnaüm vis-vis d'un homme enfermé dans un démon (le texte grec évoque « un homme dans un esprit ») et dans la maison de Simon en faveur de la belle-mère de ce dernier. Le texte trouvé à Qoumran peut-il nous aider à mieux comprendre ce passage de Marc et le contexte culturel et religieux du début du ministère de Jésus ?  

 

Prière

La grammaire seule ne suffit pas à faire un poète

la loi seule ne suffit à faire un porteur de la Parole


Je ne veux pas seulement connaître ton Évangile

mais le conjuguer à chaque instant de la vie

et toujours au présent


Éprouver dans mon corps la chair de ta présence

deviner sur les visages l'animation de ton souffle


Te porter comme on porte un enfant

en le sentant tressaillir au cœur de ses entrailles

M'écarteler à ton nom

pour te laisser passer, pour te laisser venir

Te laisser m'enfanter, t'enfanter à mon tour.


Marion Muller-Collard

 

 

1-Esaïe 40,3

09 septembre 2020

Premières adversités (Marc 1,40-33,35)

 le texte de l'évangile

40 Un lépreux s’approche de lui ; il le supplie et tombe à genoux en lui disant : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » 

41 Pris de pitié, Jésus étendit la main et le toucha. Il lui dit : « Je le veux, sois purifié. » 

42 A l’instant, la lèpre le quitta et il fut purifié. 

43 S’irritant contre lui, Jésus le renvoya aussitôt.  44 Il lui dit : « Garde-toi de rien dire à personne, mais va te montrer au prêtre et offre pour ta purification ce que Moïse a prescrit : ils auront là un témoignage. » 

45 Mais une fois parti, il se mit à proclamer bien haut et à répandre la nouvelle, si bien que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais qu’il restait dehors en des endroits déserts. Et l’on venait à lui de toute part.

2 1 Quelques jours après, Jésus rentra à Capharnaüm et l’on apprit qu’il était à la maison. 2 Et tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, pas même devant la porte. Et il leur annonçait la Parole. 

3 Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé porté par quatre hommes. 4 Et comme ils ne pouvaient l’amener jusqu’à lui à cause de la foule, ils ont découvert le toit au-dessus de l’endroit où il était et, faisant une ouverture, ils descendent le brancard sur lequel le paralysé était couché. 

5 Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés. » 

6 Quelques scribes étaient assis là et raisonnaient en leurs cœurs : 7 « Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui peut pardonner les péchés sinon Dieu seul ? » 

8 Connaissant aussitôt en son esprit qu’ils raisonnaient ainsi en eux-mêmes, Jésus leur dit : « Pourquoi tenez-vous ces raisonnements en vos cœurs ?  9 Qu’y a-t-il de plus facile, de dire au paralysé : “Tes péchés sont pardonnés”, ou bien de dire : “Lève-toi, prends ton brancard et marche” ? 

10 Eh bien ! afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre – il dit au paralysé : 11 « Je te dis : lève-toi, prends ton brancard et va dans ta maison. » 

12 L’homme se leva, il prit aussitôt son brancard et il sortit devant tout le monde, si bien que tous étaient bouleversés et rendaient gloire à Dieu en disant : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil ! »

13 Jésus s’en alla de nouveau au bord de la mer. Toute la foule venait à lui, et il les enseignait.  14 En passant, il vit Lévi, le fils d’Alphée, assis au bureau des taxes. Il lui dit : « Suis-moi. » Il se leva et le suivit. 

15 Le voici à table dans sa maison, et beaucoup de collecteurs d’impôts et de pécheurs avaient pris place avec Jésus et ses disciples, car ils étaient nombreux et ils le suivaient.  16 Et des scribes pharisiens, voyant qu’il mangeait avec les pécheurs et les collecteurs d’impôts, disaient à ses disciples : « Quoi ? Il mange avec les collecteurs d’impôts et les pécheurs ? » 

17 Jésus, qui avait entendu, leur dit : « Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades ; je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs. »

18 Les disciples de Jean et les Pharisiens étaient en train de jeûner. Ils viennent dire à Jésus : « Pourquoi, alors que les disciples de Jean et les disciples des Pharisiens jeûnent, tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » 

19 Jésus leur dit : « Les invités à la noce peuvent-ils jeûner pendant que l’époux est avec eux ? Tant qu’ils ont l’époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner.  20 Mais des jours viendront où l’époux leur aura été enlevé ; alors ils jeûneront, ce jour-là.  21 Personne ne coud une pièce d’étoffe neuve à un vieux vêtement ; sinon le morceau neuf qu’on ajoute tire sur le vieux vêtement, et la déchirure est pire.  23 Personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; sinon, le vin fera éclater les outres, et l’on perd à la fois le vin et les outres ; mais à vin nouveau, outres neuves. »

23 Or Jésus, un jour de sabbat, passait à travers des champs de blé et ses disciples se mirent, chemin faisant, à arracher des épis. 

24 Les Pharisiens lui disaient : « Regarde ce qu’ils font le jour du sabbat ! Ce n’est pas permis. » 

25 Et il leur dit : « Vous n’avez donc jamais lu ce qu’a fait David lorsqu’il s’est trouvé dans le besoin et qu’il a eu faim, lui et ses compagnons,  26 comment, au temps du grand prêtre Abiatar, il est entré dans la maison de Dieu, a mangé les pains de l’offrande que personne n’a le droit de manger, sauf les prêtres, et en a donné aussi à ceux qui étaient avec lui ? » 

27 Et il leur disait : « Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat, 28 de sorte que le Fils de l’homme est maître même du sabbat. »

3 1 Il entra de nouveau dans une synagogue ; il y avait là un homme qui avait la main paralysée.  2 Ils observaient Jésus pour voir s’il le guérirait le jour du sabbat ; c’était pour l’accuser. 

3 Jésus dit à l’homme qui avait la main paralysée : « Lève-toi ! viens au milieu. » 

4 Et il leur dit : « Ce qui est permis le jour du sabbat, est-ce de faire le bien ou de faire le mal ? de sauver un être vivant ou de le tuer ? » Mais eux se taisaient. 

5 Promenant sur eux un regard de colère, navré de l’endurcissement de leur cœur, il dit à cet homme : « Étends la main. » Il l’étendit et sa main fut guérie. 

6 Une fois sortis, les Pharisiens tinrent aussitôt conseil avec les Hérodiens contre Jésus sur les moyens de le faire périr.

7 Jésus se retira avec ses disciples au bord de la mer. Une grande multitude venue de la Galilée le suivit. Et de la Judée,  8 de Jérusalem, de l’Idumée, d’au-delà du Jourdain, du pays de Tyr et Sidon, une grande multitude vint à lui, à la nouvelle de tout ce qu’il faisait.  9 Il dit à ses disciples de tenir une barque prête pour lui à cause de la foule qui risquait de l’écraser10 car il en avait tant guéri que tous ceux qui étaient frappés de quelque mal se jetaient sur lui pour le toucher.  11 Les esprits impurs, quand ils le voyaient, se jetaient à ses pieds et criaient : « Tu es le Fils de Dieu. »  12 Et il leur commandait très sévèrement de ne pas le faire connaître.

13 Il monte dans la montagne et il appelle ceux qu’il voulait. Ils vinrent à lui 14 et il en établit douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher 15 avec pouvoir de chasser les démons.  16 Il établit les Douze : Pierre – c’est le surnom qu’il a donné à Simon –, 17 Jacques, le fils de Zébédée et Jean, le frère de Jacques – et il leur donna le surnom de Boanerguès, c’est-à-dire fils du tonnerre –, 18 André, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques, le fils d’Alphée, Thaddée et Simon le zélote,  19 et Judas Iscarioth, celui-là même qui le livra.

0 Jésus vient à la maison, et de nouveau la foule se rassemble, à tel point qu’ils ne pouvaient même pas prendre leur repas. 21 A cette nouvelle, les gens de sa parenté vinrent pour s’emparer de lui. Car ils disaient : « Il a perdu la tête. » 

22 Et les scribes qui étaient descendus de Jérusalem disaient : « Il a Béelzéboul en lui » et : « C’est par le chef des démons qu’il chasse les démons. » 

23 Il les fit venir et il leur disait en paraboles : « Comment Satan peut-il expulser Satan ?  24 Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut se maintenir.  25 Si une famille est divisée contre elle-même, cette famille ne pourra pas tenir.  26 Et si Satan s’est dressé contre lui-même et s’il est divisé, il ne peut pas tenir, c’en est fini de lui.  27 Mais personne ne peut entrer dans la maison de l’homme fort et piller ses biens, s’il n’a d’abord ligoté l’homme fort ; alors il pillera sa maison.  28 En vérité, je vous déclare que tout sera pardonné aux fils des hommes, les péchés et les blasphèmes aussi nombreux qu’ils en auront proféré.  29 Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il reste sans pardon à jamais : il est coupable de péché pour toujours. »  30 Cela parce qu’ils disaient : « Il a un esprit impur. »

31 Arrivent sa mère et ses frères. Restant dehors, ils le firent appeler. 32 La foule était assise autour de lui. On lui dit : « Voici que ta mère et tes frères sont dehors ; ils te cherchent. » 

33 Il leur répond : « Qui sont ma mère et mes frères ? »  34 Et, parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères.  35 Quiconque fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma sœur, ma mère. »


Texte ancien  

 un texte du Talmud

Rassemblés vers le VIème siècle, les textes qui composent le Talmud de Babylone rapportent des discussions ou des enseignements dont certains remontent au temps du temple de Jérusalem (époque de Jésus ) et d'autres plus tardifs peuvent relever de discussions que, depuis très longtemps, nourrissaient les maîtres spirituels juifs. L'histoire qui nous est racontée ici se passe sans doute à la fin du IIème siècle de notre ère :

On a enseigné :

Ce jour-là, Rabbi Eliezer avait trouvé réponse à toutes les questions mais on ne reçut pas ses réponses. Il leur dit : "Si la Hallaka1 est comme je le pense, que le caroubier en apporte la preuve."

Le caroubier se déracina de cent coudées2, (certains disent de quatre cent coudées).

[Les autres rabbins] lui dirent : "On n'apporte pas de preuve d'un caroubier."

Il poursuivit et leur dit : - "Si la Hallaka est comme je le pense, que cette source en apporte la preuve !" La source d'eau coula à rebours.

Ils lui dirent : " On n'apporte pas de preuve d'une source d'eau."

Il poursuivit et leur dit : "si la Hallaka est comme je le pense, que les murs de la maison d'étude en apportent la preuve !" Les murs de la maison d'étude s'inclinèrent jusqu'à s'écrouler.

Rabbi Yeoshua se mit en colère contre eux et leur dit : "les disciples des sages débattent entre eux de la Hallaka : en quoi cela vous concerne-t-il ?"

Ils ne s'écroulèrent pas par égard pour Rabbi Yeoshua mais ne se redressèrent pas par égard pour Rabbi Eliézer. c'est pourquoi, ils sont toujours inclinés et redressés.

Il leur dit : "Si la Hallaka est comme je le pense, que le ciel en apporte la preuve !"

Une voix sortit [du ciel] et dit : "Qu'avez-vous contre Rabbi Eliézer, car la Hallaka est conforme à son interprétation en tous points."

Rabbi Yeoshua se tint debout sur ses pieds et dit : "« Elle n'est pas dans les Cieux »3. Que signifie « elle n'est pas dans les Cieux » ? "

Rabbin Yimiah dit : "La Thora a déjà été donnée sur le Mont Sinaï : « on décide selon l'opinion de la majorité »4."

Rabbi Nathan rencontra le prophète Élie et lui demanda : "Que fit Dieu à ce moment-là ?"

- "[Dieu] a souri et dit : < Mes enfants m'ont vaincu, mes enfants m'ont vaincu ! >"


Talmud de Babylone : traité Baba Metsia 59b

(texte cité par Dan Jaffé, Jésus sous la plume des historiens Juifs du XXe siècle, 

Cerf, Paris, 2009, p. 226-227)

une illustration par James Tissot


James Tissot, pseudonyme de Jacques-Joseph Tissot (1836-1902) étudie à l'École des beaux-arts de Paris, expose au Salon de 1859 avant de devenir le peintre de la société mondaine de la fin du Second Empire.

Après la guerre de 1870 et la Commune de Paris, il s'installe à Londres où il réussit brillamment comme peintre et caricaturiste. À la mort de sa compagne en 1882, il revient en France. En 1888, il vit une révélation religieuse et se consacre jusqu'à la fin de sa vie à des sujets bibliques, nourrissant son art d'observations effectuées lors d’un voyage en Palestine , notamment à Jérusalem.

En 2020 une grande exposition au musée d’Orsay explore les thèmes qui lui sont chers et leurs variations, mais également sa volonté de s'exprimer dans des techniques variées, telles que l'estampe, la photographie ou l'émail cloisonné, en sus de la peinture.

James Tissot, illustration de La vie du Christ, vers 1886-1894, gouache sur papier 23,7 x 16,7 cm. Brookli`yn Museum of Art

commentaire théologique

"Jésus voyant leur foi" : pour mettre en relief cette expression, Marc s'est appliqué, dans le tout début de son récit, à décrire bien des choses qui se voient, qui frappent le regard, en particulier l'arrivée du paralytique par le toit de la maison. Mais pour voir cela, il suffit du simple regard physique. Tout le début du récit est facile à décrire : une maison bondée de monde, des gens qui font un trou dans le toit et qui font descendre un brancard sur lequel est couché un paralytique. Nous pouvons nous imaginer tout cela. C'est à la suite de tout ce descriptif que Marc passe du visible à l'invisible, un invisible que seul Jésus voit : "il voit la foi" ! Je crois qu'en procédant ainsi, Marc attire notre attention sur Jésus, et même un Jésus tout à fait singulier qui "voit la foi" ! Ne serait-ce pas là un trait de sa divinité ? Qui peut en effet voir la foi, sinon Dieu ? Comme le dit Dieu lui-même dans l'Ancien Testament : "les hommes voient ce qui frappe le regard, mais le Seigneur voit le cœur" (1 Samuel 16,7). Et c'est bien ce qui se passe ici, car dans la Bible, la foi se situe dans le cœur. Si donc Jésus voit la foi, c'est qu'il sait voir dans le cœur, comme Dieu seul sait le faire.

Daniel Bourguet, L'humble divinité de Jésus dans l'évangile de Marc, Olivétan, Lyon 2020


Questions…

- Comparez le récit du talmud avec celui de l'évangile. Quelle place a le miracle dans chacun de ces récits ?

- Dans chacun de ces récits, à qui sont attribués les miracles racontés ?

- Comment les autres personnes présentes interprètent-elles ces miracles ? Qu'en pensez-vous ?

- Jésus a-t-il guéri la personne paralysée pour prouver qu'il avait raison ?


Prière

Seigneur Jésus, le paralytique est sorti, et te voici devant moi.

Béni es-tu, toi qui vois dans mon cœur ce que je ne sais pas voir,

Toi qui vois dans mon cœur l'œuvre cachée du Père

qui, dans sa grâce, m'a donné de croire en toi;

toi qui vois dans mon cœur l'œuvre discrète de l'Esprit saint

qui me pousse à me tourner vers toi dans la prière.

Je n'ai pas de mot pour te dire ce qui m'habite,

mais tu vois l'élan de mon âme assoiffée de toi.

Béni es-tu, toi qui vois l'enfant que je suis dans le cœur de ton Père

et l'amour sans mesure que le Père a pour moi.

Béni es-tu, toi qui m'accueilles avec tendresse dans ma soif de te rencontrer.

Avant que je te dise les fautes qui m'habitent,

avant que je trouve les mots pour les déposer dans ton cœur,

avant même que je n'ouvre la bouche,

tu as devancé mon repentir maladroit

et tu m'as donné ton pardon et le pardon du Père,

ce pardon infini qui efface de mon cœur et du cœur dut Père

ce que nous déposons de notre repentir.


Ô Seigneur, Jésus béni es-tu, car ton amour profond et ton divin pardon

me font déjà me relever de mes abattements,

de mes blocages intérieurs et de mes découragements,

de tout ce qui me fige et me paralyse

Debout maintenant, je me tiens devant toi et te contemple,

le cœur rempli de reconnaissance et d'émerveillement,

Seigneur, Jésus, accorde-moi de demeurer encore un peu devant toi

pour te contempler dans l'infinie beauté

de ta profonde communion avec le Père,

afin de vivre désormais en nouveauté de vie au milieu mes frères,

je t'en prie, toi qui vis et règnes avec le Père et l'Esprit saint

maintenant et toujours et au siècle des siècles.

amen

Daniel Bourguet

1- enseignement concernant ce qui doit être fait et la manière de se conduire en tant que croyant.

2- la coudée moyenne serait longue de 48 cm. (100 coudées = 48 m, 400 coudées = 192 m. !)

3-Deutéronome 30,12

4-Exode 23,2

08 septembre 2020

Paraboles (Marc 4,1-34)

le texte de l'évangile 

4 1 De nouveau, Jésus se mit à enseigner au bord de la mer. Une foule se rassemble près de lui, si nombreuse qu’il monte s’asseoir dans une barque, sur la mer. Toute la foule était à terre face à la mer.  2 Et il leur enseignait beaucoup de choses en paraboles.

Il leur disait dans son enseignement :  3 « Écoutez. Voici que le semeur est sorti pour semer.  4 Or, comme il semait, du grain est tombé au bord du chemin ; les oiseaux sont venus et ont tout mangé.  5 Il en est aussi tombé dans un endroit pierreux, où il n’y avait pas beaucoup de terre ; il a aussitôt levé parce qu’il n’avait pas de terre en profondeur ; 6 quand le soleil fut monté, il a été brûlé et, faute de racines, il a séché.  7 Il en est aussi tombé dans les épines ; les épines ont monté, elles l’ont étouffé, et il n’a pas donné de fruit.  8 D’autres grains sont tombés dans la bonne terre et, montant et se développant, ils donnaient du fruit, et ils ont rapporté trente pour un, soixante pour un, cent pour un. »  9 Et Jésus disait : « Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! »

10 Quand Jésus fut à l’écart, ceux qui l’entouraient avec les Douze se mirent à l’interroger sur les paraboles.  11 Et il leur disait : « A vous, le mystère du Règne de Dieu est donné, mais pour ceux du dehors tout devient énigme 12 pour que, tout en regardant, ils ne voient pas et que, tout en entendant, ils ne comprennent pas de peur qu’ils ne se convertissent et qu’il ne leur soit pardonné1. »

13 Et il leur dit : « Vous ne comprenez pas cette parabole ! Alors comment comprendrez-vous toutes les paraboles ?

14 « “Le semeur” sème la Parole. 15 Voilà ceux qui sont “au bord du chemin” où la Parole est semée : quand ils ont entendu, Satan vient aussitôt et il enlève la Parole qui a été semée en eux.  16De même, voilà ceux qui sont ensemencés “dans des endroits pierreux” : ceux-là, quand ils entendent la Parole, la reçoivent aussitôt avec joie ; 17 mais ils n’ont pas en eux de racines, ils sont les hommes d’un moment ; et dès que vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, ils tombent.  18 D’autres sont ensemencés “dans les épines” : ce sont ceux qui ont entendu la Parole,  19 mais les soucis du monde, la séduction des richesses et les autres convoitises s’introduisent et étouffent la Parole, qui reste sans fruit.  20 Et voici ceux qui ont été ensemencés “dans la bonne terre” : ceux-là entendent la Parole, ils l’accueillent et portent du fruit, “trente pour un, soixante pour un, cent pour un”. »


21 Il leur disait : « Est-ce que la lampe arrive pour être mise sous le boisseau ou sous le lit ? n’est-ce pas pour être mise sur son support ?  22 Car il n’y a rien de secret qui ne doive être mis au jour, et rien n’a été caché qui ne doive venir au grand jour.  23 Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » 

24 Il leur disait : « Faites attention à ce que vous entendez. C’est la mesure dont vous vous servez qui servira de mesure pour vous, et il vous sera donné plus encore.  25 Car à celui qui a, il sera donné ; et à celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera retiré. »

26 Il disait : « Il en est du Royaume de Dieu comme d’un homme qui jette la semence en terre :  27 qu’il dorme ou qu’il soit debout, la nuit et le jour, la semence germe et grandit, il ne sait comment.  28 D’elle-même la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi.  29 Et dès que le blé est mûr, on y met la faucille, car c’est le temps de la moisson. »

30 Il disait : « A quoi allons-nous comparer le Royaume de Dieu, ou par quelle parabole allons-nous le représenter ?  31 C’est comme une graine de moutarde : quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences du monde ;  32 mais quand on l’a semée, elle monte et devient plus grande que toutes les plantes potagères, et elle pousse de grandes branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leurs nids à son ombre. »

33 Par de nombreuses paraboles de ce genre, il leur annonçait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre.  34 Il ne leur parlait pas sans parabole, mais, en particulier, il expliquait tout à ses disciples.


un texte ancien

Le traité Abot de Rabbi Natan, qui fait partie du Talmud, est un commentaire du traité des Pères (en hébreu : Abot) lequel fut écrit avant 200 de notre ère. On y trouve cette parabole, qui, comme celle de l'évangile compare le cœur de l'homme à un champ.

Rabbi Shime'on ben Yohai a dit : - "D'où savons-nous qu'Israël ne verra jamais l'intérieur de la Géhenne2 ?"

On a dit une parabole. À quoi cela est-il comparable ? À un roi humain qui avait un champ de mauvaise qualité. Vinrent des gens à qui on le loua pour dix kors 3 de blé par an. Ils apportèrent du fumier au champ, le labourèrent, l'irriguèrent et le fauchèrent mais ils n'en tirèrent qu'un kor de blé dans l'année.

Le roi leur dit : "qu'est-ce que cela ?"

Il lui répondirent : "Monseigneur le roi, tu sais que le champ que tu nous as loué, tu n'en as jamais rien tiré. Même après l'avoir enrichi, fauché, fumé, irrigué, nous n'avons pu en tirer qu'un seul kor de blé !"

Ainsi les gens d'Israël dirent devant le Saint, béni soit-il : "Maître du monde, tu sais quel mauvais penchant nous séduit", comme il est dit : "car il sait de quoi nous sommes formés…"4

 

Un tableau de Vincent Van Gogh

Le semeur au soleil couchant (juin 1888, Otterlo, Rijksmuseum Kröller-Müller)

Van Gogh s'inspire du semeur (1850) de Jean-François Millet, qu'il admire beaucoup pour voir ce tableau. Il a déjà fait des dizaines de dessins d’après ce modèle, mais à Arles, il veut en peindre une version plus "moderne", qui ne serait plus sombre, grise et sans beaucoup de couleur, comme celle de Millet, mais avec des couleurs éclatantes et des contrastes vifs.

Dans cette version du semeur, toute l'attention est portée sur le terrain fait de mottes de terre peintes en peinture épaisse, bleu-violet et orange, presque comme un relief. Le semeur a fait son travail et, au centre de la composition, le soleil domine la scène comme source éternelle de lumière et d'énergie.

Contrairement au tableau de Millet, Van Gogh ne positionne pas en effet son semeur au centre de la composition mais il se trouve décalé vers la droite comme s'il continuait son chemin et que le peintre était en retard sur son action. Mais cela donne aussi au peintre l'occasion de mettre l'accent moins sur l'action du semeur que sur ce qui se passe derrière lui, à savoir les transformations qui vont faire que, confiée à la terre, les graines vont devenir plantes et, pour certaines donner à leur tour les grains de la moisson à venir.

Derrière le semeur, qui sème la terre labourée d'un large geste de bras, l'horizon est barré par une large bande orangée que l'on peut identifier comme étant du maïs mûr. Cet élément du paysage évoque la coïncidence entre la récolte et les semailles et, partant, tout le cycle de la nature. On notera aussi la présence des oiseaux qui picorent ce que le semeur vient de semer. Aussi retrouve-t-on dans ce tableau plusieurs moments de la parabole du semeur : le temps des semailles, celui où les oiseaux du ciel viennent picorer les graines, celui où le soleil vient dessécher les plants et le temps de la récolte.

Pour Van Gogh, le thème du semeur a aussi un aspect religieux: le semeur sur la terre représente le semeur de la parole de Dieu.

 

Texte théologique 

  Guy Bonneau, professeur aux Facultés de théologie de Laval (Canada) s'est particulièrement attaché aux apports de l'art, de la psychologie ou de la sociologie à l'étude des textes bibliques. D'où cette lecture de la parabole du semeur…

C'est le propre des paraboles de dissimuler le sens à ses auditeurs "pour que tout en entendant, ils ne comprennent pas" (4,12). Après avoir dit cela, Jésus, sous la plume de Marc, fournit lui-même l'interprétation de la parabole du semeur. Cela se passe un peu comme si, au moment de l'éveil, on nous révélait le sens d'un rêve que nous viendrions de faire. […]

Poésie des profondeurs, de l'abîme de l'inconscient, les paraboles parlent de l'âme humaine. Elle y est représentée par le terrain. En elle une graine d'éternité est plantée. mais il semble que, dans ce terrain complexe et diversifié, un semeur lunatique ait ensemencé la graine un peu au hasard. C'est à chacun de voir à sa croissance.

Refoulée au fond de l'âme, les passions risquent de dévorer la semence. Comme dans un mauvais rêve, des oiseaux de malheur se précipitent sur les grains et, dans un croassement rauque, assourdissant, traumatisant, ils en font leur festin. Ou encore, c'est le désert. Que des rochers. Pas moyen pour la plante de développer ses racines en profondeur. Trop peu de terre. Le soleil a tout brûlé. C'est la sécheresse de l'âme. La vie est pauvre. Il arrive aussi que la plante pousse au milieu des ronces. les mauvais penchants de l'être humain étouffent la vie. Soucis du monde, séduction des richesses et autres convoitises, toutes ces épines de l'âme empêchent la plante de croître jusqu'à la maturité. Elle reste sans fruit. Ce n'est qu'une fois ensemencés dans la bonne terre que les grains lèvent, se développent et donnent du fruit.

Guy Bonneau, Cahier évangile 117, 2001

Questions…

- À votre avis pourquoi Jésus choisit-il de raconter le destin des différentes graines tombées en terre plutôt que se concentrer sur le semeur, ses soucis et ses espoirs ?

- De la parabole de Jésus ou de celle des rabbins, laquelle est la plus optimiste ?

- Quels éléments du tableau de Van Gogh vous rappellent la parabole du semeur ?

- Comment cette parabole vient-elle illustrer ce début de l’évangile de Marc lu depuis le début de l’année ?


prière 

Écoute frère

écoute ton frère

non pas les mots

ni les bruits, ni le vent

mais la parole qui est en toi

la parole que tu es.


ça n'a l'air de rien,

ça ne sert à rien,

parole inutile

mais essentielle

l'inutile est indispensable.


Ni poser, ni exposer,

mais toujours s'exposer.

L'inutile, le gratuit.

la parole que tu deviens

te conduit au danger.

Consentiras-tu à te perdre ?

Qui donne sa vie

la reçoit.

frère C. Jourdin

1-Esaïe 6,9-10

2-la Géhenne est une manière de nommer l'enfer d'après le nom de l'ancien dépôt d'ordure de Jérusalem

3-mesure de capacité : le kor équivaut à 450 litres

4- Psaume 103,14