le texte de l'évangile
40 Un
lépreux s’approche de lui ; il le supplie et tombe à genoux
en lui disant : « Si tu le veux, tu peux me purifier. »
41 Pris
de pitié, Jésus étendit la main et le toucha. Il lui dit :
« Je le veux, sois purifié. »
42 A
l’instant, la lèpre le quitta et il fut purifié.
43 S’irritant
contre lui, Jésus le renvoya aussitôt. 44
Il lui dit :
« Garde-toi de rien dire à personne, mais va te montrer au
prêtre et offre pour ta purification ce que Moïse a prescrit :
ils auront là un témoignage. »
45 Mais
une fois parti, il se mit à proclamer bien haut et à répandre la
nouvelle, si bien que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans
une ville, mais qu’il restait dehors en des endroits déserts. Et
l’on venait à lui de toute part.
2 1 Quelques
jours après, Jésus rentra à Capharnaüm et l’on apprit qu’il
était à la maison. 2 Et
tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, pas
même devant la porte. Et il leur annonçait la Parole.
3 Arrivent des gens
qui lui amènent un paralysé porté par quatre hommes. 4
Et comme ils ne pouvaient l’amener
jusqu’à lui à cause de la foule, ils ont découvert le toit
au-dessus de l’endroit où il était et, faisant une ouverture, ils
descendent le brancard sur lequel le paralysé était couché.
5 Voyant leur foi,
Jésus dit au paralysé : « Mon fils, tes péchés sont
pardonnés. »
6 Quelques scribes
étaient assis là et raisonnaient en leurs cœurs : 7
« Pourquoi cet homme parle-t-il
ainsi ? Il blasphème. Qui peut pardonner les péchés sinon
Dieu seul ? »
8 Connaissant aussitôt
en son esprit qu’ils raisonnaient ainsi en eux-mêmes, Jésus leur
dit : « Pourquoi tenez-vous ces raisonnements en vos
cœurs ? 9 Qu’y
a-t-il de plus facile, de dire au paralysé : “Tes péchés
sont pardonnés”, ou bien de dire : “Lève-toi, prends ton
brancard et marche” ?
10 Eh bien ! afin
que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité pour pardonner
les péchés sur la terre – il dit au paralysé : 11
« Je te dis : lève-toi, prends
ton brancard et va dans ta maison. »
12 L’homme se leva, il prit aussitôt
son brancard et il sortit devant tout le monde, si bien que tous
étaient bouleversés et rendaient gloire à Dieu en disant :
« Nous n’avons jamais rien vu de pareil ! »
13 Jésus
s’en alla de nouveau au bord de la mer. Toute la foule venait à
lui, et il les enseignait. 14
En passant, il vit
Lévi, le fils d’Alphée, assis au bureau des taxes. Il lui dit :
« Suis-moi. » Il se leva et le suivit.
15 Le
voici à table dans sa maison, et beaucoup de collecteurs d’impôts
et de pécheurs avaient pris place avec Jésus et ses disciples, car
ils étaient nombreux et ils le suivaient. 16
Et des scribes
pharisiens, voyant qu’il mangeait avec les pécheurs et les
collecteurs d’impôts, disaient à ses disciples : « Quoi ?
Il mange avec les collecteurs d’impôts et les pécheurs ? »
17 Jésus,
qui avait entendu, leur dit : « Ce ne sont pas les bien
portants qui ont besoin de médecin, mais les malades ; je suis
venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs. »
18 Les
disciples de Jean et les Pharisiens étaient en train de jeûner. Ils
viennent dire à Jésus : « Pourquoi, alors que les
disciples de Jean et les disciples des Pharisiens jeûnent, tes
disciples ne jeûnent-ils pas ? »
19 Jésus
leur dit : « Les invités à la noce peuvent-ils jeûner
pendant que l’époux est avec eux ? Tant qu’ils ont l’époux
avec eux, ils ne peuvent pas jeûner. 20
Mais des jours
viendront où l’époux leur aura été enlevé ; alors ils
jeûneront, ce jour-là. 21
Personne ne coud
une pièce d’étoffe neuve à un vieux vêtement ; sinon le
morceau neuf qu’on ajoute tire sur le vieux vêtement, et la
déchirure est pire. 23
Personne ne met du
vin nouveau dans de vieilles outres ; sinon, le vin fera éclater
les outres, et l’on perd à la fois le vin et les outres ;
mais à vin nouveau, outres neuves. »
23 Or
Jésus, un jour de sabbat, passait à travers des champs de blé et
ses disciples se mirent, chemin faisant, à arracher des épis.
24 Les
Pharisiens lui disaient : « Regarde ce qu’ils font le
jour du sabbat ! Ce n’est pas permis. »
25 Et
il leur dit : « Vous n’avez donc jamais lu ce qu’a
fait David lorsqu’il s’est trouvé dans le besoin et qu’il a eu
faim, lui et ses compagnons, 26
comment, au temps
du grand prêtre Abiatar, il est entré dans la maison de Dieu, a
mangé les pains de l’offrande que personne n’a le droit de
manger, sauf les prêtres, et en a donné aussi à ceux qui étaient
avec lui ? »
27
Et
il leur disait : « Le sabbat a été fait pour l’homme
et non l’homme pour le sabbat, 28
de
sorte que le Fils de l’homme est maître même du sabbat. »
3
1 Il
entra de nouveau dans une synagogue ; il y avait là un homme
qui avait la main paralysée. 2
Ils observaient
Jésus pour voir s’il le guérirait le jour du sabbat ;
c’était pour l’accuser.
3 Jésus
dit à l’homme qui avait la main paralysée : « Lève-toi !
viens au milieu. »
4 Et
il leur dit : « Ce qui est permis le jour du sabbat,
est-ce de faire le bien ou de faire le mal ? de sauver un être
vivant ou de le tuer ? » Mais eux se taisaient.
5 Promenant
sur eux un regard de colère, navré de l’endurcissement de leur
cœur, il dit à cet homme : « Étends la main. » Il
l’étendit et sa main fut guérie.
6
Une
fois sortis, les Pharisiens tinrent aussitôt conseil avec les
Hérodiens contre Jésus sur les moyens de le faire périr.
7
Jésus se retira
avec ses disciples au bord de la mer. Une grande multitude venue de
la Galilée le suivit. Et de la Judée, 8
de Jérusalem, de
l’Idumée, d’au-delà du Jourdain, du pays de Tyr et Sidon, une
grande multitude vint à lui, à la nouvelle de tout ce qu’il
faisait. 9 Il
dit à ses disciples de tenir une barque prête pour lui à cause de
la foule qui risquait de l’écraser10
car il en avait
tant guéri que tous ceux qui étaient frappés de quelque mal se
jetaient sur lui pour le toucher. 11
Les esprits impurs,
quand ils le voyaient, se jetaient à ses pieds et criaient :
« Tu es le Fils de Dieu. » 12
Et il leur
commandait très sévèrement de ne pas le faire connaître.
13
Il
monte dans la montagne et il appelle ceux qu’il voulait. Ils
vinrent à lui 14
et
il en établit douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher
15
avec
pouvoir de chasser les démons. 16
Il
établit les Douze : Pierre – c’est le surnom qu’il a
donné à Simon –, 17
Jacques,
le fils de Zébédée et Jean, le frère de Jacques – et il
leur donna le surnom de Boanerguès, c’est-à-dire fils du
tonnerre –, 18
André,
Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques, le fils d’Alphée,
Thaddée et Simon le zélote, 19
et
Judas Iscarioth, celui-là même qui le livra.
0
Jésus vient à la
maison, et de nouveau la foule se rassemble, à tel point qu’ils ne
pouvaient même pas prendre leur repas. 21
A cette nouvelle,
les gens de sa parenté vinrent pour s’emparer de lui. Car ils
disaient : « Il a perdu la tête. »
22
Et les scribes qui
étaient descendus de Jérusalem disaient : « Il a
Béelzéboul en lui » et : « C’est par le chef des
démons qu’il chasse les démons. »
23
Il
les fit venir et il leur disait en paraboles : « Comment
Satan peut-il expulser Satan ? 24
Si
un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut se
maintenir. 25
Si
une famille est divisée contre elle-même, cette famille ne pourra
pas tenir.
26 Et
si Satan s’est dressé contre lui-même et s’il est divisé, il
ne peut pas tenir, c’en est fini de lui. 27
Mais
personne ne peut entrer dans la maison de l’homme fort et piller
ses biens, s’il n’a d’abord ligoté l’homme fort ; alors
il pillera sa maison. 28
En
vérité, je vous déclare que tout sera pardonné aux fils des
hommes, les péchés et les blasphèmes aussi nombreux qu’ils en
auront proféré. 29
Mais
si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il reste sans
pardon à jamais : il est coupable de péché pour toujours. »
30
Cela
parce qu’ils disaient : « Il a un esprit impur. »
31
Arrivent sa mère
et ses frères. Restant dehors, ils le firent appeler. 32
La foule était
assise autour de lui. On lui dit : « Voici que ta mère et
tes frères sont dehors ; ils te cherchent. »
33
Il
leur répond : « Qui sont ma mère et mes frères ? »
34
Et,
parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui,
il dit : « Voici ma mère et mes frères. 35
Quiconque
fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma sœur, ma mère. »
Texte
ancien
un texte du Talmud
Rassemblés vers le VIème siècle, les textes qui composent le
Talmud de Babylone rapportent des discussions ou des enseignements
dont certains remontent au temps du temple de Jérusalem (époque de
Jésus ) et d'autres plus tardifs peuvent relever de discussions que,
depuis très longtemps, nourrissaient les maîtres spirituels juifs.
L'histoire qui nous est racontée ici se passe sans doute à la fin
du IIème siècle de notre ère :
On a
enseigné :
Ce
jour-là, Rabbi Eliezer avait trouvé réponse à toutes les
questions mais on ne reçut pas ses réponses. Il leur dit : "Si
la Hallaka
est comme je le pense, que le caroubier en apporte la preuve."
Le
caroubier se déracina de cent coudées,
(certains disent de quatre cent coudées).
[Les autres rabbins] lui dirent : "On n'apporte pas de preuve
d'un caroubier."
Il
poursuivit et leur dit : - "Si la Hallaka
est comme je le pense, que cette source en apporte la preuve !"
La source d'eau coula à rebours.
Ils lui dirent : " On n'apporte pas de preuve d'une source
d'eau."
Il
poursuivit et leur dit : "si la Hallaka
est comme je le pense, que les murs de la maison d'étude en
apportent la preuve !" Les murs de la maison d'étude
s'inclinèrent jusqu'à s'écrouler.
Rabbi
Yeoshua se mit en colère contre eux et leur dit : "les
disciples des sages débattent entre eux de la Hallaka :
en quoi cela vous concerne-t-il ?"
Ils ne s'écroulèrent pas par égard pour Rabbi Yeoshua mais ne se
redressèrent pas par égard pour Rabbi Eliézer. c'est pourquoi, ils
sont toujours inclinés et redressés.
Il
leur dit : "Si la Hallaka
est comme je le pense, que le ciel en apporte la preuve !"
Une
voix sortit [du ciel] et dit : "Qu'avez-vous contre Rabbi
Eliézer, car la Hallaka
est conforme à son interprétation en tous points."
Rabbi
Yeoshua se tint debout sur ses pieds et dit : "« Elle
n'est pas dans les Cieux ».
Que signifie « elle n'est pas dans les Cieux » ? "
Rabbin
Yimiah dit : "La Thora a déjà été donnée sur le Mont Sinaï
: « on décide selon l'opinion de la majorité »."
Rabbi Nathan rencontra le prophète Élie et lui demanda : "Que
fit Dieu à ce moment-là ?"
-
"[Dieu] a souri et dit : < Mes enfants m'ont vaincu, mes
enfants m'ont vaincu ! >"
une illustration par James Tissot
James Tissot, pseudonyme de Jacques-Joseph Tissot
(1836-1902) étudie à l'École des beaux-arts de Paris,
expose au Salon de 1859 avant de devenir le peintre de la société
mondaine de la fin du Second Empire.
Après la guerre de 1870 et la Commune de Paris, il
s'installe à Londres où il réussit brillamment comme peintre
et caricaturiste. À la mort de sa compagne en 1882, il revient
en France. En 1888, il vit une révélation religieuse et se consacre jusqu'à
la fin de sa vie à des sujets bibliques, nourrissant son art
d'observations effectuées lors d’un voyage en Palestine ,
notamment à Jérusalem.
En 2020 une grande exposition au musée d’Orsay explore les
thèmes qui lui sont chers et leurs variations, mais également sa
volonté de s'exprimer dans des techniques variées, telles que
l'estampe, la photographie ou l'émail cloisonné, en sus de la
peinture.
James Tissot, illustration de La vie du Christ, vers 1886-1894, gouache sur papier 23,7 x 16,7 cm. Brookli`yn Museum of Art
commentaire
théologique
"Jésus
voyant leur foi" : pour mettre en relief cette expression, Marc
s'est appliqué, dans le tout début de son récit, à décrire bien
des choses qui se voient, qui frappent le regard, en particulier
l'arrivée du paralytique par le toit de la maison. Mais pour voir
cela, il suffit du simple regard physique. Tout le début du récit
est facile à décrire : une maison bondée de monde, des gens qui
font un trou dans le toit et qui font descendre un brancard sur
lequel est couché un paralytique. Nous pouvons nous imaginer tout
cela. C'est à la suite de tout ce descriptif que Marc passe du
visible à l'invisible, un invisible que seul Jésus voit : "il
voit la foi" ! Je crois qu'en procédant ainsi, Marc attire
notre attention sur Jésus, et même un Jésus tout à fait singulier
qui "voit la foi" ! Ne serait-ce pas là un trait de sa
divinité ? Qui peut en effet voir la foi, sinon Dieu ? Comme le dit
Dieu lui-même dans l'Ancien Testament : "les hommes voient ce
qui frappe le regard, mais le Seigneur voit le cœur" (1 Samuel
16,7). Et c'est bien ce qui se passe ici, car dans la Bible, la foi
se situe dans le cœur. Si donc Jésus voit la foi, c'est qu'il sait
voir dans le cœur, comme Dieu seul sait le faire.
Daniel
Bourguet, L'humble
divinité de Jésus dans l'évangile de Marc,
Olivétan, Lyon 2020
Questions…
- Comparez le récit du talmud
avec celui de l'évangile. Quelle place a le miracle dans chacun de
ces récits ?
- Dans chacun de ces récits, à
qui sont attribués les miracles racontés ?
- Comment les autres personnes
présentes interprètent-elles ces miracles ? Qu'en pensez-vous ?
- Jésus a-t-il guéri la
personne paralysée pour prouver qu'il avait raison ?
Prière
Seigneur
Jésus, le paralytique est sorti, et te voici devant moi.
Béni
es-tu, toi qui vois dans mon cœur ce que je ne sais pas voir,
Toi qui
vois dans mon cœur l'œuvre cachée du Père
qui, dans
sa grâce, m'a donné de croire en toi;
toi qui
vois dans mon cœur l'œuvre discrète de l'Esprit saint
qui me
pousse à me tourner vers toi dans la prière.
Je n'ai
pas de mot pour te dire ce qui m'habite,
mais tu
vois l'élan de mon âme assoiffée de toi.
Béni
es-tu, toi qui vois l'enfant que je suis dans le cœur de ton Père
et l'amour
sans mesure que le Père a pour moi.
Béni
es-tu, toi qui m'accueilles avec tendresse dans ma soif de te
rencontrer.
Avant que
je te dise les fautes qui m'habitent,
avant que
je trouve les mots pour les déposer dans ton cœur,
avant même
que je n'ouvre la bouche,
tu as
devancé mon repentir maladroit
et tu m'as
donné ton pardon et le pardon du Père,
ce pardon
infini qui efface de mon cœur et du cœur dut Père
ce que
nous déposons de notre repentir.
Ô
Seigneur, Jésus béni es-tu, car ton amour profond et ton divin
pardon
me font
déjà me relever de mes abattements,
de mes
blocages intérieurs et de mes découragements,
de tout ce
qui me fige et me paralyse
Debout
maintenant, je me tiens devant toi et te contemple,
le cœur
rempli de reconnaissance et d'émerveillement,
Seigneur,
Jésus, accorde-moi de demeurer encore un peu devant toi
pour te
contempler dans l'infinie beauté
de ta
profonde communion avec le Père,
afin de
vivre désormais en nouveauté de vie au milieu mes frères,
je t'en
prie, toi qui vis et règnes avec le Père et l'Esprit saint
maintenant
et toujours et au siècle des siècles.
amen
Daniel Bourguet