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08 septembre 2020

Paraboles (Marc 4,1-34)

le texte de l'évangile 

4 1 De nouveau, Jésus se mit à enseigner au bord de la mer. Une foule se rassemble près de lui, si nombreuse qu’il monte s’asseoir dans une barque, sur la mer. Toute la foule était à terre face à la mer.  2 Et il leur enseignait beaucoup de choses en paraboles.

Il leur disait dans son enseignement :  3 « Écoutez. Voici que le semeur est sorti pour semer.  4 Or, comme il semait, du grain est tombé au bord du chemin ; les oiseaux sont venus et ont tout mangé.  5 Il en est aussi tombé dans un endroit pierreux, où il n’y avait pas beaucoup de terre ; il a aussitôt levé parce qu’il n’avait pas de terre en profondeur ; 6 quand le soleil fut monté, il a été brûlé et, faute de racines, il a séché.  7 Il en est aussi tombé dans les épines ; les épines ont monté, elles l’ont étouffé, et il n’a pas donné de fruit.  8 D’autres grains sont tombés dans la bonne terre et, montant et se développant, ils donnaient du fruit, et ils ont rapporté trente pour un, soixante pour un, cent pour un. »  9 Et Jésus disait : « Qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! »

10 Quand Jésus fut à l’écart, ceux qui l’entouraient avec les Douze se mirent à l’interroger sur les paraboles.  11 Et il leur disait : « A vous, le mystère du Règne de Dieu est donné, mais pour ceux du dehors tout devient énigme 12 pour que, tout en regardant, ils ne voient pas et que, tout en entendant, ils ne comprennent pas de peur qu’ils ne se convertissent et qu’il ne leur soit pardonné1. »

13 Et il leur dit : « Vous ne comprenez pas cette parabole ! Alors comment comprendrez-vous toutes les paraboles ?

14 « “Le semeur” sème la Parole. 15 Voilà ceux qui sont “au bord du chemin” où la Parole est semée : quand ils ont entendu, Satan vient aussitôt et il enlève la Parole qui a été semée en eux.  16De même, voilà ceux qui sont ensemencés “dans des endroits pierreux” : ceux-là, quand ils entendent la Parole, la reçoivent aussitôt avec joie ; 17 mais ils n’ont pas en eux de racines, ils sont les hommes d’un moment ; et dès que vient la détresse ou la persécution à cause de la Parole, ils tombent.  18 D’autres sont ensemencés “dans les épines” : ce sont ceux qui ont entendu la Parole,  19 mais les soucis du monde, la séduction des richesses et les autres convoitises s’introduisent et étouffent la Parole, qui reste sans fruit.  20 Et voici ceux qui ont été ensemencés “dans la bonne terre” : ceux-là entendent la Parole, ils l’accueillent et portent du fruit, “trente pour un, soixante pour un, cent pour un”. »


21 Il leur disait : « Est-ce que la lampe arrive pour être mise sous le boisseau ou sous le lit ? n’est-ce pas pour être mise sur son support ?  22 Car il n’y a rien de secret qui ne doive être mis au jour, et rien n’a été caché qui ne doive venir au grand jour.  23 Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » 

24 Il leur disait : « Faites attention à ce que vous entendez. C’est la mesure dont vous vous servez qui servira de mesure pour vous, et il vous sera donné plus encore.  25 Car à celui qui a, il sera donné ; et à celui qui n’a pas, même ce qu’il a lui sera retiré. »

26 Il disait : « Il en est du Royaume de Dieu comme d’un homme qui jette la semence en terre :  27 qu’il dorme ou qu’il soit debout, la nuit et le jour, la semence germe et grandit, il ne sait comment.  28 D’elle-même la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi.  29 Et dès que le blé est mûr, on y met la faucille, car c’est le temps de la moisson. »

30 Il disait : « A quoi allons-nous comparer le Royaume de Dieu, ou par quelle parabole allons-nous le représenter ?  31 C’est comme une graine de moutarde : quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences du monde ;  32 mais quand on l’a semée, elle monte et devient plus grande que toutes les plantes potagères, et elle pousse de grandes branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leurs nids à son ombre. »

33 Par de nombreuses paraboles de ce genre, il leur annonçait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre.  34 Il ne leur parlait pas sans parabole, mais, en particulier, il expliquait tout à ses disciples.


un texte ancien

Le traité Abot de Rabbi Natan, qui fait partie du Talmud, est un commentaire du traité des Pères (en hébreu : Abot) lequel fut écrit avant 200 de notre ère. On y trouve cette parabole, qui, comme celle de l'évangile compare le cœur de l'homme à un champ.

Rabbi Shime'on ben Yohai a dit : - "D'où savons-nous qu'Israël ne verra jamais l'intérieur de la Géhenne2 ?"

On a dit une parabole. À quoi cela est-il comparable ? À un roi humain qui avait un champ de mauvaise qualité. Vinrent des gens à qui on le loua pour dix kors 3 de blé par an. Ils apportèrent du fumier au champ, le labourèrent, l'irriguèrent et le fauchèrent mais ils n'en tirèrent qu'un kor de blé dans l'année.

Le roi leur dit : "qu'est-ce que cela ?"

Il lui répondirent : "Monseigneur le roi, tu sais que le champ que tu nous as loué, tu n'en as jamais rien tiré. Même après l'avoir enrichi, fauché, fumé, irrigué, nous n'avons pu en tirer qu'un seul kor de blé !"

Ainsi les gens d'Israël dirent devant le Saint, béni soit-il : "Maître du monde, tu sais quel mauvais penchant nous séduit", comme il est dit : "car il sait de quoi nous sommes formés…"4

 

Un tableau de Vincent Van Gogh

Le semeur au soleil couchant (juin 1888, Otterlo, Rijksmuseum Kröller-Müller)

Van Gogh s'inspire du semeur (1850) de Jean-François Millet, qu'il admire beaucoup pour voir ce tableau. Il a déjà fait des dizaines de dessins d’après ce modèle, mais à Arles, il veut en peindre une version plus "moderne", qui ne serait plus sombre, grise et sans beaucoup de couleur, comme celle de Millet, mais avec des couleurs éclatantes et des contrastes vifs.

Dans cette version du semeur, toute l'attention est portée sur le terrain fait de mottes de terre peintes en peinture épaisse, bleu-violet et orange, presque comme un relief. Le semeur a fait son travail et, au centre de la composition, le soleil domine la scène comme source éternelle de lumière et d'énergie.

Contrairement au tableau de Millet, Van Gogh ne positionne pas en effet son semeur au centre de la composition mais il se trouve décalé vers la droite comme s'il continuait son chemin et que le peintre était en retard sur son action. Mais cela donne aussi au peintre l'occasion de mettre l'accent moins sur l'action du semeur que sur ce qui se passe derrière lui, à savoir les transformations qui vont faire que, confiée à la terre, les graines vont devenir plantes et, pour certaines donner à leur tour les grains de la moisson à venir.

Derrière le semeur, qui sème la terre labourée d'un large geste de bras, l'horizon est barré par une large bande orangée que l'on peut identifier comme étant du maïs mûr. Cet élément du paysage évoque la coïncidence entre la récolte et les semailles et, partant, tout le cycle de la nature. On notera aussi la présence des oiseaux qui picorent ce que le semeur vient de semer. Aussi retrouve-t-on dans ce tableau plusieurs moments de la parabole du semeur : le temps des semailles, celui où les oiseaux du ciel viennent picorer les graines, celui où le soleil vient dessécher les plants et le temps de la récolte.

Pour Van Gogh, le thème du semeur a aussi un aspect religieux: le semeur sur la terre représente le semeur de la parole de Dieu.

 

Texte théologique 

  Guy Bonneau, professeur aux Facultés de théologie de Laval (Canada) s'est particulièrement attaché aux apports de l'art, de la psychologie ou de la sociologie à l'étude des textes bibliques. D'où cette lecture de la parabole du semeur…

C'est le propre des paraboles de dissimuler le sens à ses auditeurs "pour que tout en entendant, ils ne comprennent pas" (4,12). Après avoir dit cela, Jésus, sous la plume de Marc, fournit lui-même l'interprétation de la parabole du semeur. Cela se passe un peu comme si, au moment de l'éveil, on nous révélait le sens d'un rêve que nous viendrions de faire. […]

Poésie des profondeurs, de l'abîme de l'inconscient, les paraboles parlent de l'âme humaine. Elle y est représentée par le terrain. En elle une graine d'éternité est plantée. mais il semble que, dans ce terrain complexe et diversifié, un semeur lunatique ait ensemencé la graine un peu au hasard. C'est à chacun de voir à sa croissance.

Refoulée au fond de l'âme, les passions risquent de dévorer la semence. Comme dans un mauvais rêve, des oiseaux de malheur se précipitent sur les grains et, dans un croassement rauque, assourdissant, traumatisant, ils en font leur festin. Ou encore, c'est le désert. Que des rochers. Pas moyen pour la plante de développer ses racines en profondeur. Trop peu de terre. Le soleil a tout brûlé. C'est la sécheresse de l'âme. La vie est pauvre. Il arrive aussi que la plante pousse au milieu des ronces. les mauvais penchants de l'être humain étouffent la vie. Soucis du monde, séduction des richesses et autres convoitises, toutes ces épines de l'âme empêchent la plante de croître jusqu'à la maturité. Elle reste sans fruit. Ce n'est qu'une fois ensemencés dans la bonne terre que les grains lèvent, se développent et donnent du fruit.

Guy Bonneau, Cahier évangile 117, 2001

Questions…

- À votre avis pourquoi Jésus choisit-il de raconter le destin des différentes graines tombées en terre plutôt que se concentrer sur le semeur, ses soucis et ses espoirs ?

- De la parabole de Jésus ou de celle des rabbins, laquelle est la plus optimiste ?

- Quels éléments du tableau de Van Gogh vous rappellent la parabole du semeur ?

- Comment cette parabole vient-elle illustrer ce début de l’évangile de Marc lu depuis le début de l’année ?


prière 

Écoute frère

écoute ton frère

non pas les mots

ni les bruits, ni le vent

mais la parole qui est en toi

la parole que tu es.


ça n'a l'air de rien,

ça ne sert à rien,

parole inutile

mais essentielle

l'inutile est indispensable.


Ni poser, ni exposer,

mais toujours s'exposer.

L'inutile, le gratuit.

la parole que tu deviens

te conduit au danger.

Consentiras-tu à te perdre ?

Qui donne sa vie

la reçoit.

frère C. Jourdin

1-Esaïe 6,9-10

2-la Géhenne est une manière de nommer l'enfer d'après le nom de l'ancien dépôt d'ordure de Jérusalem

3-mesure de capacité : le kor équivaut à 450 litres

4- Psaume 103,14