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09 septembre 2020

Premières adversités (Marc 1,40-33,35)

 le texte de l'évangile

40 Un lépreux s’approche de lui ; il le supplie et tombe à genoux en lui disant : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » 

41 Pris de pitié, Jésus étendit la main et le toucha. Il lui dit : « Je le veux, sois purifié. » 

42 A l’instant, la lèpre le quitta et il fut purifié. 

43 S’irritant contre lui, Jésus le renvoya aussitôt.  44 Il lui dit : « Garde-toi de rien dire à personne, mais va te montrer au prêtre et offre pour ta purification ce que Moïse a prescrit : ils auront là un témoignage. » 

45 Mais une fois parti, il se mit à proclamer bien haut et à répandre la nouvelle, si bien que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais qu’il restait dehors en des endroits déserts. Et l’on venait à lui de toute part.

2 1 Quelques jours après, Jésus rentra à Capharnaüm et l’on apprit qu’il était à la maison. 2 Et tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, pas même devant la porte. Et il leur annonçait la Parole. 

3 Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé porté par quatre hommes. 4 Et comme ils ne pouvaient l’amener jusqu’à lui à cause de la foule, ils ont découvert le toit au-dessus de l’endroit où il était et, faisant une ouverture, ils descendent le brancard sur lequel le paralysé était couché. 

5 Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon fils, tes péchés sont pardonnés. » 

6 Quelques scribes étaient assis là et raisonnaient en leurs cœurs : 7 « Pourquoi cet homme parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui peut pardonner les péchés sinon Dieu seul ? » 

8 Connaissant aussitôt en son esprit qu’ils raisonnaient ainsi en eux-mêmes, Jésus leur dit : « Pourquoi tenez-vous ces raisonnements en vos cœurs ?  9 Qu’y a-t-il de plus facile, de dire au paralysé : “Tes péchés sont pardonnés”, ou bien de dire : “Lève-toi, prends ton brancard et marche” ? 

10 Eh bien ! afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre – il dit au paralysé : 11 « Je te dis : lève-toi, prends ton brancard et va dans ta maison. » 

12 L’homme se leva, il prit aussitôt son brancard et il sortit devant tout le monde, si bien que tous étaient bouleversés et rendaient gloire à Dieu en disant : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil ! »

13 Jésus s’en alla de nouveau au bord de la mer. Toute la foule venait à lui, et il les enseignait.  14 En passant, il vit Lévi, le fils d’Alphée, assis au bureau des taxes. Il lui dit : « Suis-moi. » Il se leva et le suivit. 

15 Le voici à table dans sa maison, et beaucoup de collecteurs d’impôts et de pécheurs avaient pris place avec Jésus et ses disciples, car ils étaient nombreux et ils le suivaient.  16 Et des scribes pharisiens, voyant qu’il mangeait avec les pécheurs et les collecteurs d’impôts, disaient à ses disciples : « Quoi ? Il mange avec les collecteurs d’impôts et les pécheurs ? » 

17 Jésus, qui avait entendu, leur dit : « Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecin, mais les malades ; je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs. »

18 Les disciples de Jean et les Pharisiens étaient en train de jeûner. Ils viennent dire à Jésus : « Pourquoi, alors que les disciples de Jean et les disciples des Pharisiens jeûnent, tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » 

19 Jésus leur dit : « Les invités à la noce peuvent-ils jeûner pendant que l’époux est avec eux ? Tant qu’ils ont l’époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner.  20 Mais des jours viendront où l’époux leur aura été enlevé ; alors ils jeûneront, ce jour-là.  21 Personne ne coud une pièce d’étoffe neuve à un vieux vêtement ; sinon le morceau neuf qu’on ajoute tire sur le vieux vêtement, et la déchirure est pire.  23 Personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; sinon, le vin fera éclater les outres, et l’on perd à la fois le vin et les outres ; mais à vin nouveau, outres neuves. »

23 Or Jésus, un jour de sabbat, passait à travers des champs de blé et ses disciples se mirent, chemin faisant, à arracher des épis. 

24 Les Pharisiens lui disaient : « Regarde ce qu’ils font le jour du sabbat ! Ce n’est pas permis. » 

25 Et il leur dit : « Vous n’avez donc jamais lu ce qu’a fait David lorsqu’il s’est trouvé dans le besoin et qu’il a eu faim, lui et ses compagnons,  26 comment, au temps du grand prêtre Abiatar, il est entré dans la maison de Dieu, a mangé les pains de l’offrande que personne n’a le droit de manger, sauf les prêtres, et en a donné aussi à ceux qui étaient avec lui ? » 

27 Et il leur disait : « Le sabbat a été fait pour l’homme et non l’homme pour le sabbat, 28 de sorte que le Fils de l’homme est maître même du sabbat. »

3 1 Il entra de nouveau dans une synagogue ; il y avait là un homme qui avait la main paralysée.  2 Ils observaient Jésus pour voir s’il le guérirait le jour du sabbat ; c’était pour l’accuser. 

3 Jésus dit à l’homme qui avait la main paralysée : « Lève-toi ! viens au milieu. » 

4 Et il leur dit : « Ce qui est permis le jour du sabbat, est-ce de faire le bien ou de faire le mal ? de sauver un être vivant ou de le tuer ? » Mais eux se taisaient. 

5 Promenant sur eux un regard de colère, navré de l’endurcissement de leur cœur, il dit à cet homme : « Étends la main. » Il l’étendit et sa main fut guérie. 

6 Une fois sortis, les Pharisiens tinrent aussitôt conseil avec les Hérodiens contre Jésus sur les moyens de le faire périr.

7 Jésus se retira avec ses disciples au bord de la mer. Une grande multitude venue de la Galilée le suivit. Et de la Judée,  8 de Jérusalem, de l’Idumée, d’au-delà du Jourdain, du pays de Tyr et Sidon, une grande multitude vint à lui, à la nouvelle de tout ce qu’il faisait.  9 Il dit à ses disciples de tenir une barque prête pour lui à cause de la foule qui risquait de l’écraser10 car il en avait tant guéri que tous ceux qui étaient frappés de quelque mal se jetaient sur lui pour le toucher.  11 Les esprits impurs, quand ils le voyaient, se jetaient à ses pieds et criaient : « Tu es le Fils de Dieu. »  12 Et il leur commandait très sévèrement de ne pas le faire connaître.

13 Il monte dans la montagne et il appelle ceux qu’il voulait. Ils vinrent à lui 14 et il en établit douze pour être avec lui et pour les envoyer prêcher 15 avec pouvoir de chasser les démons.  16 Il établit les Douze : Pierre – c’est le surnom qu’il a donné à Simon –, 17 Jacques, le fils de Zébédée et Jean, le frère de Jacques – et il leur donna le surnom de Boanerguès, c’est-à-dire fils du tonnerre –, 18 André, Philippe, Barthélemy, Matthieu, Thomas, Jacques, le fils d’Alphée, Thaddée et Simon le zélote,  19 et Judas Iscarioth, celui-là même qui le livra.

0 Jésus vient à la maison, et de nouveau la foule se rassemble, à tel point qu’ils ne pouvaient même pas prendre leur repas. 21 A cette nouvelle, les gens de sa parenté vinrent pour s’emparer de lui. Car ils disaient : « Il a perdu la tête. » 

22 Et les scribes qui étaient descendus de Jérusalem disaient : « Il a Béelzéboul en lui » et : « C’est par le chef des démons qu’il chasse les démons. » 

23 Il les fit venir et il leur disait en paraboles : « Comment Satan peut-il expulser Satan ?  24 Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut se maintenir.  25 Si une famille est divisée contre elle-même, cette famille ne pourra pas tenir.  26 Et si Satan s’est dressé contre lui-même et s’il est divisé, il ne peut pas tenir, c’en est fini de lui.  27 Mais personne ne peut entrer dans la maison de l’homme fort et piller ses biens, s’il n’a d’abord ligoté l’homme fort ; alors il pillera sa maison.  28 En vérité, je vous déclare que tout sera pardonné aux fils des hommes, les péchés et les blasphèmes aussi nombreux qu’ils en auront proféré.  29 Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il reste sans pardon à jamais : il est coupable de péché pour toujours. »  30 Cela parce qu’ils disaient : « Il a un esprit impur. »

31 Arrivent sa mère et ses frères. Restant dehors, ils le firent appeler. 32 La foule était assise autour de lui. On lui dit : « Voici que ta mère et tes frères sont dehors ; ils te cherchent. » 

33 Il leur répond : « Qui sont ma mère et mes frères ? »  34 Et, parcourant du regard ceux qui étaient assis en cercle autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères.  35 Quiconque fait la volonté de Dieu, voilà mon frère, ma sœur, ma mère. »


Texte ancien  

 un texte du Talmud

Rassemblés vers le VIème siècle, les textes qui composent le Talmud de Babylone rapportent des discussions ou des enseignements dont certains remontent au temps du temple de Jérusalem (époque de Jésus ) et d'autres plus tardifs peuvent relever de discussions que, depuis très longtemps, nourrissaient les maîtres spirituels juifs. L'histoire qui nous est racontée ici se passe sans doute à la fin du IIème siècle de notre ère :

On a enseigné :

Ce jour-là, Rabbi Eliezer avait trouvé réponse à toutes les questions mais on ne reçut pas ses réponses. Il leur dit : "Si la Hallaka1 est comme je le pense, que le caroubier en apporte la preuve."

Le caroubier se déracina de cent coudées2, (certains disent de quatre cent coudées).

[Les autres rabbins] lui dirent : "On n'apporte pas de preuve d'un caroubier."

Il poursuivit et leur dit : - "Si la Hallaka est comme je le pense, que cette source en apporte la preuve !" La source d'eau coula à rebours.

Ils lui dirent : " On n'apporte pas de preuve d'une source d'eau."

Il poursuivit et leur dit : "si la Hallaka est comme je le pense, que les murs de la maison d'étude en apportent la preuve !" Les murs de la maison d'étude s'inclinèrent jusqu'à s'écrouler.

Rabbi Yeoshua se mit en colère contre eux et leur dit : "les disciples des sages débattent entre eux de la Hallaka : en quoi cela vous concerne-t-il ?"

Ils ne s'écroulèrent pas par égard pour Rabbi Yeoshua mais ne se redressèrent pas par égard pour Rabbi Eliézer. c'est pourquoi, ils sont toujours inclinés et redressés.

Il leur dit : "Si la Hallaka est comme je le pense, que le ciel en apporte la preuve !"

Une voix sortit [du ciel] et dit : "Qu'avez-vous contre Rabbi Eliézer, car la Hallaka est conforme à son interprétation en tous points."

Rabbi Yeoshua se tint debout sur ses pieds et dit : "« Elle n'est pas dans les Cieux »3. Que signifie « elle n'est pas dans les Cieux » ? "

Rabbin Yimiah dit : "La Thora a déjà été donnée sur le Mont Sinaï : « on décide selon l'opinion de la majorité »4."

Rabbi Nathan rencontra le prophète Élie et lui demanda : "Que fit Dieu à ce moment-là ?"

- "[Dieu] a souri et dit : < Mes enfants m'ont vaincu, mes enfants m'ont vaincu ! >"


Talmud de Babylone : traité Baba Metsia 59b

(texte cité par Dan Jaffé, Jésus sous la plume des historiens Juifs du XXe siècle

Cerf, Paris, 2009, p. 226-227)

une illustration par James Tissot


James Tissot, pseudonyme de Jacques-Joseph Tissot (1836-1902) étudie à l'École des beaux-arts de Paris, expose au Salon de 1859 avant de devenir le peintre de la société mondaine de la fin du Second Empire.

Après la guerre de 1870 et la Commune de Paris, il s'installe à Londres où il réussit brillamment comme peintre et caricaturiste. À la mort de sa compagne en 1882, il revient en France. En 1888, il vit une révélation religieuse et se consacre jusqu'à la fin de sa vie à des sujets bibliques, nourrissant son art d'observations effectuées lors d’un voyage en Palestine , notamment à Jérusalem.

En 2020 une grande exposition au musée d’Orsay explore les thèmes qui lui sont chers et leurs variations, mais également sa volonté de s'exprimer dans des techniques variées, telles que l'estampe, la photographie ou l'émail cloisonné, en sus de la peinture.

James Tissot, illustration de La vie du Christ, vers 1886-1894, gouache sur papier 23,7 x 16,7 cm. Brookli`yn Museum of Art

commentaire théologique

"Jésus voyant leur foi" : pour mettre en relief cette expression, Marc s'est appliqué, dans le tout début de son récit, à décrire bien des choses qui se voient, qui frappent le regard, en particulier l'arrivée du paralytique par le toit de la maison. Mais pour voir cela, il suffit du simple regard physique. Tout le début du récit est facile à décrire : une maison bondée de monde, des gens qui font un trou dans le toit et qui font descendre un brancard sur lequel est couché un paralytique. Nous pouvons nous imaginer tout cela. C'est à la suite de tout ce descriptif que Marc passe du visible à l'invisible, un invisible que seul Jésus voit : "il voit la foi" ! Je crois qu'en procédant ainsi, Marc attire notre attention sur Jésus, et même un Jésus tout à fait singulier qui "voit la foi" ! Ne serait-ce pas là un trait de sa divinité ? Qui peut en effet voir la foi, sinon Dieu ? Comme le dit Dieu lui-même dans l'Ancien Testament : "les hommes voient ce qui frappe le regard, mais le Seigneur voit le cœur" (1 Samuel 16,7). Et c'est bien ce qui se passe ici, car dans la Bible, la foi se situe dans le cœur. Si donc Jésus voit la foi, c'est qu'il sait voir dans le cœur, comme Dieu seul sait le faire.

Daniel Bourguet, L'humble divinité de Jésus dans l'évangile de Marc, Olivétan, Lyon 2020


Questions…

- Comparez le récit du talmud avec celui de l'évangile. Quelle place a le miracle dans chacun de ces récits ?

- Dans chacun de ces récits, à qui sont attribués les miracles racontés ?

- Comment les autres personnes présentes interprètent-elles ces miracles ? Qu'en pensez-vous ?

- Jésus a-t-il guéri la personne paralysée pour prouver qu'il avait raison ?


Prière

Seigneur Jésus, le paralytique est sorti, et te voici devant moi.

Béni es-tu, toi qui vois dans mon cœur ce que je ne sais pas voir,

Toi qui vois dans mon cœur l'œuvre cachée du Père

qui, dans sa grâce, m'a donné de croire en toi;

toi qui vois dans mon cœur l'œuvre discrète de l'Esprit saint

qui me pousse à me tourner vers toi dans la prière.

Je n'ai pas de mot pour te dire ce qui m'habite,

mais tu vois l'élan de mon âme assoiffée de toi.

Béni es-tu, toi qui vois l'enfant que je suis dans le cœur de ton Père

et l'amour sans mesure que le Père a pour moi.

Béni es-tu, toi qui m'accueilles avec tendresse dans ma soif de te rencontrer.

Avant que je te dise les fautes qui m'habitent,

avant que je trouve les mots pour les déposer dans ton cœur,

avant même que je n'ouvre la bouche,

tu as devancé mon repentir maladroit

et tu m'as donné ton pardon et le pardon du Père,

ce pardon infini qui efface de mon cœur et du cœur dut Père

ce que nous déposons de notre repentir.


Ô Seigneur, Jésus béni es-tu, car ton amour profond et ton divin pardon

me font déjà me relever de mes abattements,

de mes blocages intérieurs et de mes découragements,

de tout ce qui me fige et me paralyse

Debout maintenant, je me tiens devant toi et te contemple,

le cœur rempli de reconnaissance et d'émerveillement,

Seigneur, Jésus, accorde-moi de demeurer encore un peu devant toi

pour te contempler dans l'infinie beauté

de ta profonde communion avec le Père,

afin de vivre désormais en nouveauté de vie au milieu mes frères,

je t'en prie, toi qui vis et règnes avec le Père et l'Esprit saint

maintenant et toujours et au siècle des siècles.

amen

Daniel Bourguet

1- enseignement concernant ce qui doit être fait et la manière de se conduire en tant que croyant.

2- la coudée moyenne serait longue de 48 cm. (100 coudées = 48 m, 400 coudées = 192 m. !)

3-Deutéronome 30,12

4-Exode 23,2