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05 septembre 2020

des pains et une grande vision (Marc 7,24-9,13)

le texte de l'évangile 

7 24 Parti de là, Jésus se rendit dans le territoire de Tyr. Il entra dans une maison et il ne voulait pas qu’on le sache, mais il ne put rester ignoré.  26 Tout de suite, une femme dont la fille avait un esprit impur entendit parler de lui et vint se jeter à ses pieds.  26 Cette femme était païenne, syro-phénicienne de naissance. Elle demandait à Jésus de chasser le démon hors de sa fille. 

27 Jésus lui disait : « Laisse d’abord les enfants se rassasier, car ce n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens. » 

28 Elle lui répondit : « C’est vrai, Seigneur, mais les petits chiens, sous la table, mangent des miettes des enfants. » 

29 Il lui dit : « A cause de cette parole, va, le démon est sorti de ta fille. » 

30 Elle retourna chez elle et trouva l’enfant étendue sur le lit : le démon l’avait quittée.

31 Jésus quitta le territoire de Tyr et revint par Sidon vers la mer de Galilée en traversant le territoire de la Décapole. 32 On lui amène un sourd qui, de plus, parlait difficilement et on le supplie de lui imposer la main.  33 Le prenant loin de la foule, à l’écart, Jésus lui mit les doigts dans les oreilles, cracha et lui toucha la langue.  34 Puis, levant son regard vers le ciel, il soupira. Et il lui dit : « Ephphata », c’est-à-dire : « Ouvre-toi. » 

35 Aussitôt ses oreilles s’ouvrirent, sa langue se délia, et il parlait correctement.  36 Jésus leur recommanda de n’en parler à personne : mais plus il le leur recommandait, plus ceux-ci le proclamaient.  37Ils étaient très impressionnés et ils disaient : « Il a bien fait toutes choses ; il fait entendre les sourds et parler les muets. »

8 1 En ces jours-là, comme il y avait de nouveau une grande foule et qu’elle n’avait pas de quoi manger, Jésus appelle ses disciples et leur dit :  2 « J’ai pitié de cette foule, car voilà déjà trois jours qu’ils restent auprès de moi et ils n’ont pas de quoi manger. 3 Si je les renvoie chez eux à jeun, ils vont défaillir en chemin, et il y en a qui sont venus de loin. » 

4 Ses disciples lui répondirent : « Où trouver de quoi les rassasier de pains, ici dans un désert ? » 

5 Il leur demandait : « Combien avez-vous de pains ? » – « Sept », dirent-ils. 

6 Et il ordonne à la foule de s’étendre par terre. Puis il prit les sept pains et, après avoir rendu grâce, il les rompit et il les donnait à ses disciples pour qu’ils les offrent. Et ils les offrirent à la foule. 

7 Ils avaient aussi quelques petits poissons. Jésus prononça sur eux la bénédiction et dit de les offrir également.  8 Ils mangèrent et furent rassasiés. Et l’on emporta les morceaux qui restaient : sept corbeilles ;  9 or ils étaient environ quatre mille. Puis Jésus les renvoya ;  10 et aussitôt il monta dans la barque avec ses disciples et se rendit dans la région de Dalmanoutha.

11 Les Pharisiens vinrent et se mirent à discuter avec Jésus ; pour lui tendre un piège, ils lui demandent un signe qui vienne du ciel. 12 Poussant un profond soupir, Jésus dit : « Pourquoi cette génération demande-t-elle un signe ? En vérité, je vous le déclare, il ne sera pas donné de signe à cette génération. » 

13 Et les quittant, il remonta dans la barque et il partit pour l’autre rive.

14 Les disciples avaient oublié de prendre des pains et n’en avaient qu’un seul avec eux dans la barque.  15 Jésus leur faisait cette recommandation : « Attention ! prenez garde au levain des Pharisiens et à celui d’Hérode. » 

16 Ils se mirent à discuter entre eux parce qu’ils n’avaient pas de pains. 

18 Jésus s’en aperçoit et leur dit : « Pourquoi discutez-vous parce que vous n’avez pas de pains ? Vous ne saisissez pas encore et vous ne comprenez pas ? Avez-vous le cœur endurci ?  19 Vous avez des yeux : ne voyez-vous pas ? Vous avez des oreilles : n’entendez-vous pas ? Ne vous rappelez-vous pas,  19 quand j’ai rompu les cinq pains pour les cinq mille hommes, combien de paniers pleins de morceaux vous avez emportés ? » Ils disent : « Douze. »  20 « Et quand j’ai rompu les sept pains pour les quatre mille hommes, combien de corbeilles pleines de morceaux avez-vous emportées ? » Ils disent : « Sept. » 

21 Et il leur disait : « Ne comprenez-vous pas encore ? »

22 Ils arrivent à Bethsaïda ; on lui amène un aveugle et on le supplie de le toucher.  23 Prenant l’aveugle par la main, il le conduisit hors du village. Il mit de la salive sur ses yeux, lui imposa les mains et il lui demandait : « Vois-tu quelque chose ? » 

24 Ayant ouvert les yeux, il disait : « J’aperçois les gens, je les vois comme des arbres, mais ils marchent. » 

25 Puis, Jésus lui posa de nouveau les mains sur les yeux et l’homme vit clair ; il était guéri et voyait tout distinctement.  26 Jésus le renvoya chez lui en disant : « N’entre même pas dans le village. »

27 Jésus s’en alla avec ses disciples vers les villages voisins de Césarée de Philippe. En chemin, il interrogeait ses disciples : « Qui suis-je, au dire des hommes ? » 

28 Ils lui dirent : « Jean le Baptiste ; pour d’autres, Elie ; pour d’autres, l’un des prophètes. » 

29 Et lui leur demandait : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? » Prenant la parole, Pierre lui répond : « Tu es le Christ. »  30 Et il leur commanda sévèrement de ne parler de lui à personne.

31 Puis il commença à leur enseigner qu’il fallait que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite.  32 Il tenait ouvertement ce langage.

Pierre, le tirant à part, se mit à le réprimander.  33 Mais lui, se retournant et voyant ses disciples, réprimanda Pierre ; il lui dit : « Retire-toi ! Derrière moi, Satan, car tes vues ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »

34 Puis il fit venir la foule avec ses disciples et il leur dit : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix, et qu’il me suive. 35 En effet, qui veut sauver sa vie, la perdra ; mais qui perdra sa vie à cause de moi et de l’Évangile, la sauvera.  36 Et quel avantage l’homme a-t-il à gagner le monde entier, s’il le paie de sa vie ?  37 Que pourrait donner l’homme qui ait la valeur de sa vie ?  38 Car si quelqu’un a honte de moi et de mes paroles au milieu de cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l’homme aussi aura honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges. »

9 1 Et il leur disait : « En vérité, je vous le déclare, parmi ceux qui sont ici, certains ne mourront pas avant de voir le Règne de Dieu venu avec puissance. »

2 Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les emmène seuls à l’écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux, 3 et ses vêtements devinrent éblouissants, si blancs qu’aucun foulon sur terre ne saurait blanchir ainsi. 

4 Elie leur apparut avec Moïse ; ils s’entretenaient avec Jésus. 

5 Intervenant, Pierre dit à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, une pour Elie. »  6 Il ne savait que dire car ils étaient saisis de crainte. 

7 Une nuée vint les recouvrir et il y eut une voix venant de la nuée : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé. Écoutez-le ! » 

8 Aussitôt, regardant autour d’eux, ils ne virent plus personne d’autre que Jésus, seul avec eux. 

9 Comme ils descendaient de la montagne, il leur recommanda de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, jusqu’à ce que le Fils de l’homme ressuscite d’entre les morts.  10 Ils observèrent cet ordre, tout en se demandant entre eux ce qu’il entendait par « ressusciter d’entre les morts ».

11 Et ils l’interrogeaient : « Pourquoi les scribes disent-ils qu’Elie doit venir d’abord ? » 

12 Il leur dit : « Certes, Elie vient d’abord et rétablit tout, mais alors comment est-il écrit du Fils de l’homme qu’il doit beaucoup souffrir et être méprisé ?  13 Eh bien ! je vous le déclare, Elie est venu et ils lui ont fait tout ce qu’ils voulaient, selon ce qui est écrit de lui. »

Un texte ancien

Tandis que [Moïse] s'avançait vers l'endroit où il allait disparaître, tout le monde le suivait en larmes. Mais Moïse, d'un signe de la main, ordonna à ceux qui étaient loin de demeurer en repos, et par des mots, exhorta les plus rapprochés, leur disant de ne pas lui faire un départ larmoyant en le suivant ainsi. Ceux-ci, acceptant de l'honorer encore sur ce point et de lui permettre de quitter la vie de la manière qu'il désirait, s'arrêtèrent, pleurant ensemble. Seuls les anciens l'accompagnèrent ainsi qu'Éléazar, le grand prêtre, et Josué, le chef de l'armée. Mais lorsqu'il arriva sur la montagne qu'on appelle Abarim - c'est une hauteur située en face de Jéricho, qui permet d'apercevoir, quand on la gravit la belle région des Cananéens sur une large étendue -, il congédia les Anciens. Et pendant qu'il embrassait Éléazar et Josué et qu'il s'entretenait encore avec eux, une nuée se posa soudain sur lui, et il disparut dans un ravin. Mais il a écrit lui-même dans les Livres saints qu'il était mort, de crainte que, par excès d'affection pour lui, on osât prétendre qu'il était allé rejoindre la divinité.

Flavius Josephe, Les Antiquités Juives livre IV, 323-326

(traduction Etienne Nodet, Le Cerf 1995)

 Vitrail de la transfiguration.


Taizé, église de la Réconciliation.

Éric de Saussure alias Frère Éric (1925-2007) a étudié les Beaux-Arts à Paris et à Florence. En 1949, il rejoignit la communauté de Taizé, encore toute petite à l’époque, et fut l’artisan des vitraux de l’église de la Réconciliation. Il a vécu non seulement à Taizé, mais aussi dans des fraternités de frères en Algérie et aux États-Unis



 

 un texte théologique 

Anastase le Sinaïte Né au début du VIIème siècle, Anastase le Sinaïte devint moine puis Abbé du monastère du Mont Sinaï. Il meurt à un âge très avancé vers 700. Voici un extrait d'une de ses homélies pour la fête de la Transfiguration.

Aujourd'hui […] le Seigneur est vraiment apparu sur la montagne. Aujourd'hui, la nature humaine, jadis créée semblable à Dieu, mais obscurcie par les figures informes des idoles, a été transfigurée en l'ancienne beauté de l'homme créé à l'image et ressemblance de Dieu1.

Aujourd'hui, sur la montagne, la nature, qui s'était égarée dans l'idolâtrie sur les montagnes2, a été transformée tout en demeurant elle-même et a brillé de la clarté resplendissante de la Divinité.

Aujourd'hui sur la montagne, celui qui était vêtu des sombres et tristes tuniques de peau dont parle la Genèse3 a endossé le vêtement divin, se drapant de lumière comme d'un manteau4.

Aujourd'hui sur le mont Thabor5, est mystérieusement apparue la condition de la vie future et du Royaume de joie. Aujourd'hui, de façon étonnante, les antiques messagers de l'Ancienne et de la Nouvelle Alliances se sont rassemblés autour de Dieu sur la montagne, porteurs d'un mystère plein de paradoxe.

Aujourd'hui, sur le mont Thabor, se dessine le mystère de la Croix qui par la mort donne la vie : tout comme le Christ fut crucifié entre deux hommes sur le mont du Calvaire, ainsi se dresse-t-il dans la majesté divine entre Moïse et Élie. Et la fête d'aujourd'hui nous montre cet autre Sinaï, montagne combien plus précieuse que le Sinaï par ses merveilles et ses événements : elle dépasse par sa Théophanie les visions divines figurées et obscures.

Questions

Quels liens voyez-vous entre les différents épisodes de cette portion de l’évangile et le récit de la transfiguration ?

Y-a-t-il des thèmes que ce dernier récit illustre qui sont déjà annoncés dans ce qui précède?

Quelle est, à votre avis la signification de la présence d’Élie et de Moïse sur la montagne aux côtés de Jésus ?

Que laisse entendre le récit de Flavius Josephe concernant la fin de Moïse ?

Comment les disciples reconnaissent-ils Élie et Moïse ?

Quel sens donnez-vous à cette expérience unique des disciples sur la montagne ?

méditation 

Sur la montagne, la gloire du Christ s’est effacée.

Nul n’a pu dresser là une tente pour Jésus, Moïse et Élie.

Devons-nous apprendre que le sens final de la vision de Dieu, quelle qu’elle soit, est le retour au monde des autres ?

Enfouie, cachée, bafouée même, la gloire de Dieu réside dans les êtres comme le levain dans la pâte. Le monde visible lui-même en porte la trace, car la terre est le marchepied de Dieu. N’est-ce pas cette gloire que nous pressentons dans l’arbre et dans l’étoile, dans l’infiniment petit comme dans l’immense ?

Plus de nuée qui vienne nous recouvrir, mais le vêtement léger de toutes les prières posées sur les épaules fatiguées.

Plus de Seigneur transfiguré à portée de regard mais une présence discrète, intime qui demeurera avec nous jusqu’à la fin du monde.

Plus d’étincelante blancheur, mais la lampe qui brille en un lieu obscur. Plus de parole à capter dans un ciel illuminé mais des oreilles qui entendent ce que l’esprit dit aux Églises.

Plus de catéchèse divine à la descente vers Jérusalem, mais la parole qu’on se donne, d’un homme à un autre homme comme on se partage le pain.

Sortis de l’extraordinaire, nous sommes entrés tout à nouveau dans l’ordinaire. Là nous retrouvons ce qu’est l’existence, ses larmes et ses possibles, mais l’œuvre de la vie s’accomplira en chaque lieu de nos obéissances.

Nous en portons le trésor dans des vases d’argile afin qu’une si grande puissance soit attribuée à Dieu et non à nous.



Sœur Myriam, Communauté des diaconesses de Reuilly

Réforme 21 février 2002

1- Genèse 1,26-27

2- allusions aux cultes de la fertilités pratiquées en Israël

3- Genèse 3,21

4- Psaume 103,2

5-où selon la tradition se produit la Transfiguration