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06 septembre 2020

Disciples (Marc 6,1-7,23)

 Le texte de l'évangile

6 1 Jésus partit de là. Il vient dans sa patrie et ses disciples le suivent. 

2 Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. Frappés d’étonnement, de nombreux auditeurs disaient : « D’où cela lui vient-il ? Et quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, si bien que même des miracles se font par ses mains ?  3 N’est-ce pas le charpentier, le fils de Marie et le frère de Jacques, de Josès, de Jude et de Simon ? et ses sœurs ne sont-elles pas ici, chez nous ? » Et il était pour eux une occasion de chute. 

4 Jésus leur disait : « Un prophète n’est méprisé que dans sa patrie, parmi ses parents et dans sa maison. » 

5 Et il ne pouvait faire là aucun miracle ; pourtant il guérit quelques malades en leur imposant les mains.  6 Et il s’étonnait de ce qu’ils ne croyaient pas.

Il parcourait les villages des environs en enseignant. 7 Il fait venir les Douze. Et il commença à les envoyer deux par deux, leur donnant autorité sur les esprits impurs. 8 Il leur ordonna de ne rien prendre pour la route, sauf un bâton : pas de pain, pas de sac, pas de monnaie dans la ceinture, 9mais pour chaussures des sandales, « et ne mettez pas deux tuniques ». 

10 Il leur disait : « Si, quelque part, vous entrez dans une maison, demeurez-y jusqu’à ce que vous quittiez l’endroit.  11 Si une localité ne vous accueille pas et si l’on ne vous écoute pas, en partant de là, secouez la poussière de vos pieds : ils auront là un témoignage. » 

12 Ils partirent et ils proclamèrent qu’il fallait se convertir.  13 Ils chassaient beaucoup de démons, ils faisaient des onctions d’huile à beaucoup de malades et ils les guérissaient.

14 Le roi Hérode entendit parler de Jésus, car son nom était devenu célèbre. On disait : « Jean le Baptiste est ressuscité des morts ; voilà pourquoi le pouvoir de faire des miracles agit en lui. » 

15 D’autres disaient : « C’est Elie. » D’autres disaient : « C’est un prophète semblable à l’un de nos prophètes. » 

16 Entendant ces propos, Hérode disait : « Ce Jean que j’ai fait décapiter, c’est lui qui est ressuscité. »

17 En effet, Hérode avait fait arrêter Jean et l’avait enchaîné en prison, à cause d’Hérodiade, la femme de son frère Philippe, qu’il avait épousée. 18 Car Jean disait à Hérode : « Il ne t’est pas permis de garder la femme de ton frère. »  19 Aussi, Hérodiade le haïssait et voulait le faire mourir, mais elle ne le pouvait pas,  20 car Hérode craignait Jean, sachant que c’était un homme juste et saint, et il le protégeait. Quand il l’avait entendu, il restait fort perplexe ; cependant il l’écoutait volontiers. 

21 Mais un jour propice arriva lorsque Hérode, pour son anniversaire, donna un banquet à ses dignitaires, à ses officiers et aux notables de Galilée.  22 La fille de cette Hérodiade vint exécuter une danse et elle plut à Hérode et à ses convives. Le roi dit à la jeune fille : « Demande-moi ce que tu veux et je te le donnerai. »  23 Et il lui fit ce serment : « Tout ce que tu me demanderas, je te le donnerai, serait-ce la moitié de mon royaume. » 

24 Elle sortit et dit à sa mère : « Que vais-je demander ? »

Celle-ci répondit : « La tête de Jean le Baptiste. » 

25 En toute hâte, elle rentra auprès du roi et lui demanda : « Je veux que tu me donnes tout de suite sur un plat la tête de Jean le Baptiste. » 

26 Le roi devint triste, mais, à cause de son serment et des convives, il ne voulut pas lui refuser. 

27 Aussitôt le roi envoya un garde avec l’ordre d’apporter la tête de Jean. Le garde alla le décapiter dans sa prison, 28 il apporta la tête sur un plat, il la donna à la jeune fille, et la jeune fille la donna à sa mère. 

29 Quand ils l’eurent appris, les disciples de Jean vinrent prendre son cadavre et le déposèrent dans un tombeau.

30 Les apôtres se réunissent auprès de Jésus et ils lui rapportèrent tout ce qu’ils avaient fait et tout ce qu’ils avaient enseigné. 31 Il leur dit : « Vous autres, venez à l’écart dans un lieu désert et reposez-vous un peu. » Car il y avait beaucoup de monde qui venait et repartait, et eux n’avaient pas même le temps de manger. 

32 Ils partirent en barque vers un lieu désert, à l’écart. 

33 Les gens les virent s’éloigner et beaucoup les reconnurent. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent à cet endroit et arrivèrent avant eux. 

34 En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut pris de pitié pour eux parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger, et il se mit à leur enseigner beaucoup de choses.  35 Puis, comme il était déjà tard, ses disciples s’approchèrent de lui pour lui dire : « L’endroit est désert et il est déjà tard.  36 Renvoie-les : qu’ils aillent dans les hameaux et les villages des environs s’acheter de quoi manger. » 

37 Mais il leur répondit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

Ils lui disent : « Nous faut-il aller acheter pour deux cents pièces d’argent de pains et leur donner à manger ? » 

38 Il leur dit : « Combien avez-vous de pains ? Allez voir ! »

Ayant vérifié, ils disent : « Cinq, et deux poissons. » 

39 Et il leur commanda d’installer tout le monde par groupes sur l’herbe verte. 40 Ils s’étendirent par rangées de cent et de cinquante.  41 Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et levant son regard vers le ciel, il prononça la bénédiction, rompit les pains et il les donnait aux disciples pour qu’ils les offrent aux gens. Il partagea aussi les deux poissons entre tous. 42 Ils mangèrent tous et furent rassasiés. 43 Et l’on emporta les morceaux, qui remplissaient douze paniers, et aussi ce qui restait des poissons.  44 Ceux qui avaient mangé les pains étaient cinq mille hommes.

45 Aussitôt, Jésus obligea ses disciples à remonter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, vers Bethsaïda, pendant que lui-même renvoyait la foule. 

46 Après l’avoir congédiée, il partit dans la montagne pour prier. 

47 Le soir venu, la barque était au milieu de la mer, et lui, seul, à terre. 48 Voyant qu’ils se battaient à ramer contre le vent qui leur était contraire, vers la fin de la nuit, il vient vers eux en marchant sur la mer, et il allait les dépasser. 

49 En le voyant marcher sur la mer, ils crurent que c’était un fantôme et ils poussèrent des cris.  50 Car ils le virent tous et ils furent affolés. Mais lui aussitôt leur parla ; il leur dit : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur. » 

51 Il monta auprès d’eux dans la barque, et le vent tomba. Ils étaient extrêmement bouleversés.  52 En effet, ils n’avaient rien compris à l’affaire des pains, leur cœur était endurci.

53 Après la traversée, ils touchèrent terre à Gennésareth et ils abordèrent. 

54 Dès qu’ils eurent débarqué, les gens reconnurent Jésus ;  55 ils parcoururent tout le pays et se mirent à apporter les malades sur des brancards là où l’on apprenait qu’il était.  56 Partout où il entrait, villages, villes ou hameaux, on mettait les malades sur les places ; on le suppliait de les laisser toucher seulement la frange de son vêtement ; et ceux qui le touchaient étaient tous sauvés.

7 1 Les Pharisiens et quelques scribes venus de Jérusalem se rassemblent auprès de Jésus.  Ils voient que certains de ses disciples prennent leurs repas avec des mains impures, c’est-à-dire sans les avoir lavées. 3 En effet, les Pharisiens, comme tous les Juifs, ne mangent pas sans s’être lavé soigneusement les mains, par attachement à la tradition des anciens ;  4 en revenant du marché, ils ne mangent pas sans avoir fait des ablutions ; et il y a beaucoup d’autres pratiques traditionnelles auxquelles ils sont attachés : lavages rituels des coupes, des cruches et des plats. 

5 Les Pharisiens et les scribes demandent donc à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne se conduisent-ils pas conformément à la tradition des anciens, mais prennent-ils leur repas avec des mains impures ? » 

6 Il leur dit : « Esaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, car il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi ; 7 c’est en vain qu’ils me rendent un culte car les doctrines qu’ils enseignent ne sont que préceptes d’hommes1.

8 Vous laissez de côté le commandement de Dieu et vous vous attachez à la tradition des hommes. » 

9 Il leur disait : « Vous repoussez bel et bien le commandement de Dieu pour garder votre tradition.  10 Car Moïse a dit : “Honore ton père et ta mère”, et encore : “Celui qui insulte père ou mère, qu’il soit puni de mort.” 

11 Mais vous, vous dites : “Si quelqu’un dit à son père ou à sa mère : le secours que tu devais recevoir de moi est qorbân, c’est-à-dire offrande sacrée…”  12 vous lui permettez de ne plus rien faire pour son père ou pour sa mère :  13 vous annulez ainsi la parole de Dieu par la tradition que vous transmettez. Et vous faites beaucoup de choses du même genre. » 

14 Puis, appelant de nouveau la foule, il leur disait : « Écoutez-moi tous et comprenez. 15 Il n’y a rien d’extérieur à l’homme qui puisse le rendre impur en pénétrant en lui, mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. » [16

17 Lorsqu’il fut entré dans la maison, loin de la foule, ses disciples l’interrogeaient sur cette parole énigmatique.  18 Il leur dit : « Vous aussi, êtes-vous donc sans intelligence ? Ne savez-vous pas que rien de ce qui pénètre de l’extérieur dans l’homme ne peut le rendre impur, 19 puisque cela ne pénètre pas dans son cœur, mais dans son ventre, puis s’en va dans la fosse ? » Il déclarait ainsi que tous les aliments sont purs. 

20 Il disait : « Ce qui sort de l’homme, c’est cela qui rend l’homme impur.  21 En effet, c’est de l’intérieur, c’est du cœur des hommes que sortent les intentions mauvaises, inconduite, vols, meurtres,  22 adultères, cupidité, perversités, ruse, débauche, envie, injures, vanité, déraison.  23 Tout ce mal sort de l’intérieur et rend l’homme impur. »

un texte ancien

Au premier siècle, les juifs de Palestine ne parlent plus l'hébreu, la langue de la Bible, mais l'araméen. Aussi est-il nécessaire dans les synagogues de traduire les textes de la Thora dans cette dernière langue. Après chaque verset lu en hébreu, quelqu'un traduit en araméen et en profite pour glisser quelques mots d'explication et d'interprétation. Cette traduction d'abord orale est petit à petit mise par écrit, donnant naissance à ce qu'on va appeler le targoum (mot signifiant « traduction » en araméen). Le targoum nous permet d'entrevoir la manière dont, à l'époque de Jésus et dans les siècles suivants, on interprétait à la synagogue le texte biblique. Voici donc la traduction française du targoum d'Exode 16,10-16 :


10 Il advint donc, alors qu'Aaron parlait à toute la communauté d'Israël, qu'ils regardèrent en direction du désert et voici que la Gloire la Présence de YHWH apparut dans la nuée de gloire. 11 Alors YHWH parla à Moïse : 12 Les murmures des gens d'Israël ont été entendus devant moi. Parle-leur et dis : <Au crépuscule, vous mangerez du pain et vous saurez que je suis YHWH, votre dieu.>

13 Le soir, des faisans montèrent et recouvrir le camp et, le matin, il y eut une chute de rosée, congelée, préparée comme des tables tout autour du camp. 14 Les nuées montèrent et firent descendre la manne par dessus la chute de rosée; elle était comme une couche mince sur la surface du désert, mince comme le givre qui est sur la terre. 15 Les gens d'Israël virent cela. Ils furent étonnés et il se disaient les uns aux autres : "Qu'est-ce que cela? ". En effet, ils ne savaient pas ce que c'était. Et Moïse leur dit : " c'est le pain qui a été mis en réserve pour vous dès l'origine dans les Cieux d'en haut et que YHWH vous donne maintenant à manger. 16 Voici ce qu'a prescrit YHWH : ramassez-en chacun selon ce qu'il peut manger …"

d’après Roger Le Déaut, Targum du Pentateuque, Tome II, Sources Chrétiennes, Le Cerf, Paris 1979

une mosaïque 

 Le nom du site de Tabgha, près de Capernaüm en Galilée, viendrait du grec heptagon qui serait dû aux sept (« hepta » en grec) sources que l'on y trouve. C'est là, dit-on, qu'aurait eu lieu cette première multiplication des pains. En témoigne cette mosaïque qui se trouvait dans une église commémorative byzantine du Vème siècle érigée sur place et sans doute détruite au moment d’une invasion perse en 614. Cette mosaïque qui se trouvait dans cette église est aujourd'hui visible dans une nouvelle chapelle desservie par des bénédictins.


un texte théologique 

"Ayant pris les pains" : ce n'est pas pour lui que Jésus prend du pain, ce n'est pas pour le consommer lui-même, mais c'est pour le donner aux disciples, pour qu'eux-mêmes le donnent à la foule. Jésus prend pour donner […] Lors de la Cène, il en va de même : Jésus prend le pain pour le donner encore; il le donne encore aux disciples. il ne garde rien pour lui. Marc nous dit cela avec une grande simplicité, comme pour nous montrer la grande simplicité avec laquelle Jésus a fait ces gestes : prendre, bénir, rompre, donner…ce sont en effet des gestes d'une grande simplicité !

"Il le donna": pendant la multiplication des pains, Jésus fait ce geste en silence. À la Cène, il fait ce même geste en l'accompagnant d'un mot très simple : "Prenez". Tous demeure dans la simplicité des mots, mais quelle profondeur dans cette simplicité; lorsque noue entendons ce qui suit "Prenez, ceci est mon corps" ! En donnant le pain, Jésus donne sa vie; il se donne lui-même. le mystère de sa vie est là, dans ce bout de pain qui m'est donné. Les mots sont simples et insondables à la fois.

Daniel Bourguet, L'humble divinité de Jésus dans l'évangile de Marc, Olivétan, Lyon 2020


Questions 

- Le récit de la multiplication des pains nous est transmis juste après celui tragique de l'arrestation et de l'exécution de Jean-Baptiste. Pensez-vous que ces deux récits sont en liens l'un avec l'autre ?

- Parce l'histoire se passe au désert, on a parfois rapproché l'épisode de la multiplication des pains avec celui de la manne dans le livre de l'exode. La version que donne le targoum de cet épisode est un peu différent de celui que nous lisons habituellement. Si le texte de l'évangile fait écho à celui de la Thora, qu'est-ce que cela signifie pour notre compréhension du ministère du Christ ?

- Lors de la multiplication des pains, à quel moment précis se déroule le miracle ? Que pensez-vous de l'interprétation qu'en donne le pasteur Daniel Bourguet (texte ci-dessous) ?


prière 


Seigneur Jésus, […]

Avant de rompre le pain dans ce lieu désert,

tu as tourné en silence ton regard vers le Père

en communion d'amour avec lui, lui aussi en silence,

et l'Esprit Saint vous a unis dans la profondeur de ce silence.


Après avoir rendu grâce, tu as rompu ce pain en silence,

en communion d'amour avec la foule

qui allait se nourrir de ce pain,

et l'Esprit saint vous a unis dans la profondeur de ce silence.


Et dans ton cœur déjà se profilait la croix qui t'attendait en silence.


Seigneur Jésus, en chaque Sainte Cène je fais silence

et je te contemple en train de rompre le pain,

en communion d'amour avec ton Père,

avec tes disciples, avec la foule

et avec nous qui recevons le pain rompu.

Que l'Esprit poursuive son œuvre en nos cœurs

pour nous unis à toi, au plus profond de cette communion d'amour.


Et que vienne enfin le jour où tu viendras rompre à nouveau ce pain

avec nous et pour nous dans le Royaume de ton Père,

que vienne ce jour béni

où nous pourrons te contempler en recevant de toi ce pain,

je t'en prie, toi qui vis et règne avec le Père et l'Esprit saint,

maintenant et toujours et pour les siècles des siècles.


Amen


Daniel Bourguet

 




1-Esaïe 29,13 version grecque