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07 septembre 2020

La mort… la Vie (Marc 4,35-5,43)

4 35 Ce jour-là, le soir venu, Jésus leur dit : « Passons sur l’autre rive. »  36 Quittant la foule, ils emmènent Jésus dans la barque où il se trouvait, et il y avait d’autres barques avec lui.  37 Survient un grand tourbillon de vent. Les vagues se jetaient sur la barque, au point que déjà la barque se remplissait.  38 Et lui, à l’arrière, sur le coussin, dormait. Ils le réveillent et lui disent : « Maître, cela ne te fait rien que nous périssions ? » 

39 Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence ! Tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme. 

40 Jésus leur dit : « Pourquoi avez-vous si peur ? Vous n’avez pas encore de foi ? » 

41 Ils furent saisis d’une grande crainte, et ils se disaient entre eux : « Qui donc est-il, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

5 1 Ils arrivèrent de l’autre côté de la mer, au pays des Géraséniens. 

2 Comme il descendait de la barque, un homme possédé d’un esprit impur vint aussitôt à sa rencontre, sortant des tombeaux.  3 Il habitait dans les tombeaux et personne ne pouvait plus le lier, même avec une chaîne.  4 Car il avait été souvent lié avec des entraves et des chaînes, mais il avait rompu les chaînes et brisé les entraves, et personne n’avait la force de le maîtriser. 5 Nuit et jour, il était sans cesse dans les tombeaux et les montagnes, poussant des cris et se déchirant avec des pierres. 

6 Voyant Jésus de loin, il courut et se prosterna devant lui.  7 D’une voix forte il crie : « Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ? Je t’adjure par Dieu, ne me tourmente pas. » 

8 Car Jésus lui disait : « Sors de cet homme, esprit impur ! » 

9 Il l’interrogeait : « Quel est ton nom ? » Il lui répond : « Mon nom est Légion, car nous sommes nombreux. » 10 Et il le suppliait avec insistance de ne pas les envoyer hors du pays. 

11 Or il y avait là, du côté de la montagne, un grand troupeau de porcs en train de paître.  12 Les esprits impurs supplièrent Jésus en disant : « Envoie-nous dans les porcs pour que nous entrions en eux. » 

13 Il le leur permit. Et ils sortirent, entrèrent dans les porcs et le troupeau se précipita du haut de l’escarpement dans la mer ; il y en avait environ deux mille et ils se noyaient dans la mer.  14 Ceux qui les gardaient prirent la fuite et rapportèrent la chose dans la ville et dans les hameaux. Et les gens vinrent voir ce qui était arrivé.  15 Ils viennent auprès de Jésus et voient le démoniaque, assis, vêtu et dans son bon sens, lui qui avait eu le démon Légion. Ils furent saisis de crainte.  16 Ceux qui avaient vu leur racontèrent ce qui était arrivé au démoniaque et à propos des porcs.  17 Et ils se mirent à supplier Jésus de s’éloigner de leur territoire. 

18 Comme il montait dans la barque, celui qui avait été démoniaque le suppliait, demandant à être avec lui.  19 Jésus ne le lui permit pas, mais il lui dit : « Va dans ta maison auprès des tiens et rapporte-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde. » 

20 L’homme s’en alla et se mit à proclamer dans la Décapole tout ce que Jésus avait fait pour lui. Et tous étaient dans l’étonnement.

21 Quand Jésus eut regagné en barque l’autre rive, une grande foule s’assembla près de lui. Il était au bord de la mer.  22 Arrive l’un des chefs de la synagogue, nommé Jaïros : voyant Jésus, il tombe à ses pieds  23 et le supplie avec insistance en disant : « Ma petite fille est près de mourir ; viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » 

24 Jésus s’en alla avec lui ; une foule nombreuse le suivait et l’écrasait. 

25 Une femme, qui souffrait d’hémorragies depuis douze ans  26 – elle avait beaucoup souffert du fait de nombreux médecins et avait dépensé tout ce qu’elle possédait sans aucune amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré –,  27 cette femme, donc, avait appris ce qu’on disait de Jésus. Elle vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement.  28 Elle se disait : « Si j’arrive à toucher au moins ses vêtements, je serai sauvée. »  29 A l’instant, sa perte de sang s’arrêta et elle ressentit en son corps qu’elle était guérie de son mal. 

30 Aussitôt Jésus s’aperçut qu’une force était sortie de lui. Il se retourna au milieu de la foule et il disait : « Qui a touché mes vêtements ? »  31 Ses disciples lui disaient : « Tu vois la foule qui te presse et tu demandes : “Qui m’a touché ?” »  32 Mais il regardait autour de lui pour voir celle qui avait fait cela. 

33 Alors la femme, craintive et tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité.  34 Mais il lui dit : « Ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix et sois guérie de ton mal. » 

35 Il parlait encore quand arrivent, de chez le chef de la synagogue, des gens qui disent : « Ta fille est morte ; pourquoi ennuyer encore le Maître ? »  36 Mais, sans tenir compte de ces paroles, Jésus dit au chef de la synagogue : « Sois sans crainte, crois seulement. » 

37 Et il ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques et Jean, le frère de Jacques. 

38 Ils arrivent à la maison du chef de la synagogue. Jésus voit de l’agitation, des gens qui pleurent et poussent de grands cris.  39 Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte, elle dort. » 

40 Et ils se moquaient de lui. Mais il met tout le monde dehors et prend avec lui le père et la mère de l’enfant et ceux qui l’avaient accompagné. Il entre là où se trouvait l’enfant,  41 il prend la main de l’enfant et lui dit : « Talitha qoum », ce qui veut dire : « Jeune fille, je te le dis, réveille-toi ! »  42 Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher, – car elle avait douze ans. Sur le coup, ils furent tout bouleversés. 

43 Et Jésus leur fit de vives recommandations pour que personne ne le sache, et il leur dit de donner à manger à la jeune fille.

texte ancien  

  le "livre des divisions des temps selon leurs jubilés et leurs semaines d'années" autrement appelé "livre des Jubilés" se présente comme un texte inspiré à Moïse par un ange. Il reprend en fait, en les complétant, les récits de la Genèse et de l'Exode. Plusieurs fragments de ce livre ont été trouvés parmi les rouleaux de la Mer Morte. Vraisemblablement écrit au début du 1er siècle avant notre ère, il reflète certainement l'attitude des esséniens de Qoumran très attachés au respect du calendrier liturgique et des règles de pureté. Le passage proposé est présenté comme une exhortation d'Abraham adressée à son fils Isaac :

16 Sois en tous temps propre de corps. Lave-toi à l'eau avant d'aller sacrifier à l'autel. lave-toi les mains et les pieds avant de t'approcher de l'autel. Après avoir fini de sacrifier, lave-toi de nouveau les mains et les pieds. 17 Qu'on ne voit sur vous, sur vos vêtements aucune [tache de] sang. Prends garde au sang, mon fils, prends bien garde : recouvre-le de poussière. 18 Ne mange pas de sang, car c'est l'âme; ne mange jamais de sang.

19 N'accepte aucun cadeau pour le sang d'un homme, afin qu'il ne soit pas versé pour rien, sans jugement. Car c'est le sang versé qui rend la terre coupable et elle ne peut être purifiée du sang d'un homme que par le sang de qui l'a versé. 20 N'accepte pas de cadeau, pas de présent pour le sang d'un homme; le sang [sera versé] pour le sang. Ainsi tu seras agréable au Seigneur, le Dieu très haut, car il est le gardien du bien; ainsi tu seras préservé de tout mal et sauvé toute espèce de mort."

Jubilés 21,16-20

La Bible Écrits Intertestamentaires, Gallimard, La Pléiade, 1987

illustration artistique :

La Résurrection de la fille de Jaïre, 1921 (huile sur toile 75 x 104 cm, collection particulière)

C’est en découvrant les peintures de Fra Angelico que l’auteur de ce tableau, Maurice Denis (1870-1943), découvre sa vocation de peintre chrétien. Il fonde avec Paul Gauguin le groupe des Nabis (« prophète » en hébreu) au sein duquel il sera « le nabi aux belles icônes ». Catholique, membre du Tiers-Ordre dominicain, Maurice Denis s'estimait proche de l'esprit franciscain.sur ce tableau


Texte théologique

"Crois seulement…" À quoi Jaïrus doit-il croire ? La question ne saurait se poser ainsi, car la réponse ("à la résurrection de sa fille") serait dénuée de sens. Ce juif pieux peut certes croire à la résurrection des morts, au dernier jour, mais il est clair que Jésus ne cherche pas à réveiller en lui cet article de foi; or c'est la seul chose qu'il puisse, à la limite croire […]

Aussi bien, Jésus n'appelle-t-il pas croire à quelque chose mais en quelqu'un […] Il doit croire en Dieu, lui faire confiance, incompréhensiblement, dans cet au-delà de la mort où la mort de sa fille le situe lui-même. C'est bien à Dieu, il le comprend sans doute, qu'il doit faire confiance, mais comment ferait-il, où trouverait-il la pensée et la force de faire cet acte de folie, s'il n'était porté par la parole de cet homme : "Ne crains point, crois" ? […] Jésus appelle à la foi en Dieu, mais la foi des hommes s'accroche à Jésus; Marc nous le laisse entendre plus qu'il ne nous le dit : la foi du père s'agrippe, autant qu'à la parole qui lui est dite, à la marche de Jésus qui, en dépit de tout, continue vers la maison du deuil.

On doit pouvoir dire que cet homme croit en Jésus, non pas tant pour ce qu'il espérait de lui, mais […] en raison d'une puissance qui le fascine et l'emporte. Or, cette puissance, en tous cas à ce stade de notre histoire, ne saurait être ressentie que comme celle d'un amour que rien ne peut décourager, qui prend notre défense alors qu'il n'y a plus rien à défendre, et qui nous accompagne jusque dans cette extrémité où l'homme est toujours seul : la mort.

Jean Valette, L'évangile de Marc, parole de puissance message de vie, Paris, 1986

Questions

Cette partie de l’évangile de Marc est presque uniquement consacrée aux guérisons et autres exorcismes pratiqués par Jésus. Cette activité qui devrait lui valoir la reconnaissance et l’admiration de tous suscite toutefois quelques résistances voire de l’hostilité. Dans le récit de Marc 5,21-43, à quoi, à qui sont dues ces résistances ?

Comment décririez-vous l’atmosphère qui émane du tableau de Maurice Denis ?

Pourquoi, dans le texte des Jubilés, le sang est-il important ? À quel moment peut-on lire un écho à cette conception dans le récit évangélique ?

Que pensez-vous du personnage de Jaïrus ? Vous sentez-vous proche de lui ?


prière 


Si je devais quitter le haut donjon de mes enfermements

ce serait à coup sûr pour toucher ton vêtement


Attirer ton regard qui regarde comme personne

et ne me réduit pas à la femme que je suis

aux fruits que je ne porte pas


Ton regard qui ignore la rentabilité de mon corps


Toucher ton vêtement, épouser ton mouvement

ce chemin où tu marches pour déplacer l'enjeu de nos fécondités

redonner souffle aux enfants épuisés

nous relever. Braver les interdits pour rejoindre ta Parole.


Et porter avec toi l'élan de toute vie

La résistance farouche à tout ce qui cloisonne

et condamne en vase clos

l'insondable liberté de ton Esprit.


Marion Muller-Collard, Éclats d'Évangile, 2017